

"Anna (Charlotte Bucke, talent impressionnant qui n'a hélas plus rien fait depuis) est une fille impulsive de 11 ans qui vit seule avec sa mère et préfère dessiner opiniâtrement sur son cahier pour oublier un papa parti bosser à l'étranger. Il lui manque, elle en souffre; et sa mère ne peut combler cette plaie d'amour. Progressivement, elle se rend compte qu'elle dessine ce qu'elle perçoit à travers ses rêves, comme cette maison perdue dans une étendue immense ou encore ce garçon collé à sa fenêtre dont elle ne peut gommer le sourire absent. Généreuse, elle lui dessine des jambes et des pieds pour qu'il puisse marcher (bel échec) et, au gré de son inspiration débordante, greffe de nouveaux éléments pour rendre ce rêve plus agréable. Tout semble confiner à un éden paradisiaque où loin du monde actuel les délices de l'imaginaire peuvent s'exprimer sans retenue. Les rêves constituent son précieux refuge, à moins que l'inconscient et les meurtrissures actuelles et incurables jouent de vilains tours. Ses noirs dessins deviennent de noirs desseins. Que ce soit avec Candyman ou le présent Paperhouse, Bernard Rose a composé deux sublimes films fantastiques qui, paradoxalement, prennent de la valeur et de l'intensité au fil des visionnages. Comme si on avait jadis oublié de souligner à quel point ils étaient beaux et puissants. Est-ce l'émotion de redécouvrir la si subtile Virginia Madsen? Est-ce l'impression délicieuse de revoir un film généreux et enthousiasmant au-delà des attentes? Les deux vieillissent très bien, sans doute parce que leurs discours sont éminemment modernes et denses. Mais il n'y aurait pas eu ces deux miracles sans le succès du Hellraiser, de Clive Barker."

"Si, pendant toute l'introduction d'Hallucinations of a Deranged Mind, le film semble assembler par la grâce d'un montage abrupt des séquences très étranges, il ne faut pas s'en inquiéter. Vous y verrez également des femmes à moitié nues vêtues de robes bleues transparentes en transe; des icônes suppliciées qui sont tournées en dérision; trois individus qui transpercent violemment le corps d'un homme avec des aiguilles; des tarentules qui grimpent sur le corps inerte d'une femme dans les vaps. Bienvenue dans le monde de José Mojica Marins (alias Zé Do Caxaõ). Fer de lance du cinéma underground Brésilien, ce cinéaste hors des normes a signé pléthore de films qui dans les années 70 se révélaient d'authentiques béances à l'imaginaire. Mais la liberté de ton et d'expression se paye cher. La preuve : aucun de ses films n'a été épargné par la censure brésilienne ni même par l'église qui l'a souvent taxée de pornographe. Aujourd'hui pourtant, ses oeuvres sont plus marginales et inspirées qu'agressives et insoutenables, même s'il a dû écoper de cette réputation sulfureuse à cause d'un film porno au titre explicite (24 heures de sexe ardent) où il filmait une scène zoophile non simulée. OEuvre charnière, Hallucinations of a Deranged Mind résume les souffrances d'un artiste incompris et plonge dans le cerveau fécond et malade d'un homme "dérangé" qui pourrait bien être lui. Ou nous ?."

"Après une multitude d'événements étranges, un homme pas éloigné du Locataire de Polanski suit les indications d'une carte absconse qui le conduit dans un théâtre de marionnettes. Par la mise en abyme et la conjonction de personnages réels et de l'animation, Jan Svankmajer, artiste tchèque unique considéré à juste titre comme un des grands maîtres de l'animation au même titre que Chuck Jones et Ozamu Tezuka, revisite à sa manière surréaliste le mythe de Faust en donnant au spectateur la divine sensation d'avoir tutoyé les ténèbres et d'avoir touché à la suprême obsession Polanskienne : celle d'avoir approché le temps d'un film le diable et d'en avoir cerné les noirs desseins. Inoubliable, rien de moins."
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