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INTERVIEW : SEAN PENN (INTO THE WILD)

INTERVIEW : SEAN PENN (INTO THE WILD)

Tout sur INTO THE WILD - galerie de photos - Le 2008-01-07 09:40:39


    Un matin de la fin octobre, nous avons découvert le dernier film de Sean Penn, Into the Wild, qui contait l'histoire vraie de Chris. Ce jeune homme avait choisi d'abandonner son identité, sa famille, la civilisation pour aller vivre au coeur de la nature en Alaska. Après avoir suivi cette trajectoire étrange, pleine d'une volonté de liberté absolue, la conférence de presse commence dans le salon d'un grand hôtel parisien. Beaucoup se sont laissés emporter par ce film contemplatif et puissant aux paysages somptueux, d'autres sont perplexes. L'oeuvre est déroutante car elle n'apporte pas de point de vue sur le monde, mais le donne plutôt à voir, dans sa beauté première et parfois rude. C'est beau comme un roman de Jack London, poétique comme du Terrence Malick. Beaucoup de questions se posent. L'effet du film n'est pas encore dissipé quand Sean Penn entre. Il embrasse la salle d'un regard vague, avec cet air farouche qui ne le quitte jamais vraiment. Il répond d'une voix calme et courtoise en fumant clopes sur clopes.


Comment avez-vous approché votre acteur principal, comment l'avez-vous évalué pendant les quatre mois que vous avez pris avant de le choisir ?
J'avais repéré Emile Hirsch dans Les Seigneurs de Dogtown et dans son aspect physique et son jeu d'acteur, il était talentueux. Mais je recherchais quelque chose de très spécial, une intelligence, un coeur et une âme qui correspondent à cette histoire. D'un côté plus pratique, je voulais être sûr que ce jeune homme de vingt et un an accepte de s'embarquer avec moi dans cette aventure de plus de huit mois avec les exigences physiques et psychologiques, la discipline que cela supposait pour rendre cette odyssée qui dure deux ans. Il me fallait l'observer, être sûr que le pari que je prenais était gagnant, pour lui demander finalement s'il était prêt à être là pour ce rôle et pour moi.

Dans votre film, il s'agit toujours de grands espaces mais au lieu d'aller vers l'ouest, parcours classique dans la mythologie américaine, le personnage va vers le grand Nord, l'Alaska. L'odyssée et l'aventure américaine a t-elle changé de nature ?
Cela dépend de ce que votre Odyssée exige. Nous sommes devenus un pays de barrières, de clôtures. On ne peut pas s'empêcher d'essayer de les franchir. Si vous voulez vous débarrasser de vos téléphones portables, des panneaux publicitaires, des autoroutes, alors je pense que l'Alaska est probablement la « dernière frontière ». Mais d'un autre côté, en traversant les Etats Unis d'une côte à l'autre, il reste beaucoup d'espace. Si on veut à l'image de Chris découvrir une Amérique qui ne figure pas sur les cartes, beaucoup de territoires vierges sont encore à découvrir.


Il y a beaucoup de références à la culture de la fin des années 60, comme un voyage à travers la face cachée de l'Amérique, était-ce déjà le cas du livre original ?
Oui j'y suis resté très fidèle. Le film parle de cette génération. Il y a bien sûr le voyage de Chris mais il s'agit d'abord du livre de Jon (NDLR: Jon Krakauer, journaliste qui a écrit Voyage au bout de la solitude).Lorsque je l'ai lu il y a plus de dix ans, il m'a laissé une impression indélébile. Je l'ai lu deux fois et au bout de ces dix ans, j'ai eu l'opportunité d'en faire un film. Entre ma première version du scénario et la version finale, j'ai changé très peu de choses. Le livre était imprimé en moi. Les ajustements rares que j'ai faits proviennent des impressions que j'ai eues sur la route en suivant les traces de Chris, des suggestions de mes collaborateurs (Emile Hirsch et le directeur de la photographie Eric Gautier).

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