
CRIMES A OXFORD
Un film de Alex de la Iglesia
Avec Elijah Wood, John Hurt, Leonor Watling, Dominique Pinon, Julie Cox...
Date de sortie: 26 mars 2008

Changement radical de registre et de pays pour Alex de La Iglesia. Hélas pour le pire. La première grande déception du cinéaste.Il fallait bien que ça arrive: Crimes à Oxford est le premier mauvais long métrage de Alex De La Iglesia. Une déception d'autant plus triste et cruelle que le réalisateur avait toujours par le passé les ressources nécessaires pour transformer une faiblesse (la tendance à confondre la vitesse et la précipitation) en qualité (on ne s'ennuie pas grâce à la générosité de son regard et l'attachement aux personnages). La recherche du crime parfait (et non plus du «crime farpait») à travers les mathématiques et la relation fascinée entre un professeur (John Hurt, qui ressemble de plus en plus à Charlotte Rampling) et son élève trop doué (Elijah Wood, qui devrait un peu changer de registre) constitue pourtant un sujet intéressant à condition de proposer une formule différente de celles déjà proposées. Ce n'est visiblement pas l'ambition du cinéaste qui adapte de manière très - et trop - sérieuse le roman de l'écrivain argentin Guillermo Martinez (Mathématique du crime). De la même manière qu'il effleure la philosophie de Wittgenstein sans chercher à créer le moindre vertige, De La Iglesia enfile des rebondissements superficiels, sans humour ni distance. Comme dans un mauvais Chabrol, la tonalité franchouillarde en moins.

La mise en scène, parfois composée de plans-séquences totalement vains (la virtuosité n'est au service que d'elle-même et fonctionne comme un trompe-l'oeil), semble uniquement soucieuse de garder le tempo élevé pour faire oublier toutes les invraisemblances. Les emprunts au cinéma d'Hitchcock sont gênants, surtout lorsqu'il s'agit de reprendre des scènes entières (L'homme qui en savait trop) ou des idées jadis pertinentes (La corde). Les seconds rôles constituent autant de fausses pistes dont on se désintéresse très vite et les deux trois parenthèses érotiques autour d'un plat de spaghetti (sic) sombrent dans le ridicule. Sans sa bande de comédiens habituels et ses dialogues vachards, il perd en charme ce qu'il gagne en défauts. Toutes les figures imposées de la partie de Cluedo sont au rendez-vous et le résultat n'aurait strictement aucun intérêt s'il n'était pas signé Alex de La Iglesia. On ne reconnaît pas sa patte. C'est d'autant plus incompréhensible que ce copycat est également signé par le collaborateur scénaristique coutumier de De La Iglesia (Jorge Guerricaechevarria) avec lequel on avait pourtant l'habitude de s'amuser.
Romain Le Vern
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