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LE COIN DU CINEPHILE : BOXING HELENA (JENNIFER CHAMBERS LYNCH)

Tout sur BOXING HELENA - Photos - Le 2008-01-08 08:25:56


A défaut d'être un film fréquentable, Boxing Helena est une vraie curiosité qui contient suffisamment de détails excitants pour donner envie d'en savoir plus. Non seulement parce que Jennifer Chambers Lynch, la fille de David Lynch, réalise comme une cochonne mais aussi pour l'intrigue bizarrement ourdie avec son érotisme de pacotille prompt à stimuler les petits cochons. L'histoire? Un jeune et brillant chirurgien - on n'y croit pas une seconde -, kidnappe une femme fatale dont il est fou amoureux et la mutile pour la garder à ses côtés. Une histoire d'amour et de possession qui essaye de ressembler à un mélange entre Hitchcock et Lynch et qui au final ressemble à un téléfilm de cul saumâtre calibré pour la masturbation du dimanche soir. Pour donner une idée, c'est un peu comme si on avait demandé à Brian Yuzna de faire une synthèse de Basic Instinct, de Last Seduction et de Body. Opportuniste, racoleur, souvent ridicule, mais instinctivement attachant.

"Tel quel, ça ressemble à la tentative très ratée d'une fille à papa en quête d'affranchissement qui serait soudainement passée des Spice Girls à Britney Spears (disons Bananarama à Madonna, pour rester dans le contexte de l'époque)."


Petit plaisir coupable, Boxing Helena est plus intéressant pour les anecdotes qu'il a provoquées que pour ses qualités intrinsèques. Il reste dans les mémoires cinéphiles pour le désastre - sinistre - qu'il a coûté à tout ceux qui ont osé s'en approcher de trop près. Notamment Kim Basinger qui a payé très cher de sa personne en acceptant dans un premier temps de jouer le rôle principal pour compenser le désistement de Madonna - la même année où cette dernière a refusé de jouer la femme de Tim Robbins dans L'échelle de Jacob. Apparemment effrayée par la dimension malsaine du sujet (sic), elle a décidée de rompre tout accord quatre semaines avant le début du tournage (l'expérience de 9 semaines 1/2 aurait-elle été si éprouvante?). Vindicative (car le film était vendu sur le nom de l'actrice), la fifille Lynch, alors âgée de 24 piges, a porté plainte. Elle a raison puisque miss Jennifer a gagné son procès et réclamé à l'actrice une somme colossale (7 millions de dollars de dommages généraux et un gros million de dollars en sus). A la place, on retrouve la brune piquante Sherylin Fenn, découverte dans la série Twin Peaks, qui par sa simple présence apporte de l'étrangeté sans réussir à faire autre chose que des regards chauds comme la braise. A ses côtés, l'acteur Julian Sands est un phénomène de fadeur et d'impuissance à tel point qu'on comprend ses humiliations répétées. Pourtant, au départ, l'histoire avait tout pour faire bander: un homme a tout ce qu'il veut (un job en or, une femme désirable, une baraque pour organiser les soirées de monsieur l'ambassadeur). Tout sauf Helena, une femme avec laquelle il s'est amusée un soir et qui depuis obsède méchamment ses pensées. En allant faire son jogging le soir, il n'hésite pas à grimper aux arbres pour espionner la demoiselle qui, ô surprise, aime beaucoup s'exhiber en petite culotte à sa fenêtre.

Le projet est né de Philippe Caland, un financier qui cherchait un point de vue féminin pour raconter la dérive d'un homme qui démembre une femme et la garde dans une boîte. A l'arrivée, la capricieuse Jennifer n'en a fait qu'à sa tête. Elle dérive de sujet - sans imposer un jugement par trop féministe - et ne répond pas du tout aux attentes de Caland qui doit encore se mordre les doigts d'un choix aussi peu judicieux. Pour toutes ces raisons, Boxing Helena est un peu l'ancêtre de la pose bling-bling, déjà obsolète avant même d'être sorti. La bande-son regroupe quelques tubes phares du début des années 90 allant d'Enigma à Lenny Kravitz pour illustrer les violentes étreintes (un peu comme le Unfinished Sympathy de Massive Attack utilisé n'importe comment dans l'exécrable Sliver, de Philip Noyce). Musicalement incorrect donc. On note également la présence de Art Garfunkel dans le rôle du meilleur pote qui invite le héros amoureux à la méfiance. En terme de cinéma, c'est encore moins glorieux. Le film est formellement bordélique avec des micros qui apparaissent dans le champ, des acteurs uniformément mauvais qui surjouent comme aux pires moments du muet et des situations presque embarrassantes à force d'enfoncer le clou du ridicule (la fameuse scène de réception où Helena rivalise de regards de garce alléchée - la représentation de la femme fatale selon la jeune réalisatrice - et finit par se baigner dans une fontaine où les jets d'eau possèdent comme par hasard une connotation sexuelle). Lourde, lourde, la symbolique.


Pourtant, malgré tout, en dépit de tout ça, il y a dans ce portrait de mante religieuse qui manipule son entourage pour obtenir ce qu'elle désire une espèce de régression kitsch presque fascinante. Comme lorsqu'une comédie ne cherche plus à faire rire. Après une heure de film, miss Lynch négocie un virage étrange qui donne un intérêt bizarroïde à l'ensemble: la prédatrice devient proie suite à un accident de voiture. Celui qu'elle humiliait devient alors un mystérieux séquestreur fou d'amour qui va lui couper les bras et les jambes afin qu'elle devienne sa «chose», sa «statue», sa «Venus de Milo» - celle que Jennifer petite aimait regarder lorsqu'elle errait seule chez sa mère-grand. Ce qui est logique après tout pour un chirurgien fasciné par la beauté plastique. Très inspirée par les travaux de son père, elle a ostensiblement pompé des éléments du court-métrage The Amputee et s'est personnellement impliquée dans cette transformation physique. Elle connaît ça pour avoir subi des traitements orthopédiques intempestifs pendant son enfance (elle est née avec des pieds bots). C'est aussi là où le bât blesse: elle révèle son impuissance à suivre le chemin de papa David ou à même à saisir le plaisir transgressif d'une domination ou d'une soumission sexuelle. Celle d'une femme devenue tronc, dépossédée de ses moyens et donc devenue «objet». Cette dernière partie, proche du cauchemar en huis clos, très relevé en onirisme ouaté, relance soudainement la machine à défaut de posséder une cohérence dans la narration. En même temps, tout le monde s'en bat l'oeil.

Il aurait fallu un Brian de Palma - ou un autre pervers spécialisé dans les affaires d'obsession schizophrène - aux commandes d'un projet pareil. Et c'est peu dire que l'on reste à mille lieux de L'obsédé, de William Wyler, qui sur le même sujet, allait bien plus loin et bien plus fort. Tel quel, ça ressemble à la tentative très ratée d'une fille à papa en quête d'affranchissement qui serait soudainement passée des Spice Girls à Britney Spears (disons Bananarama à Madonna, pour rester dans le contexte de l'époque). Naguère sous le feu des projecteurs et bien revenue de son échec cinglant, Jennifer Chambers Lynch a également démontré qu'elle n'était pas plus douée pour la littérature: elle a écrit un roman dont on a déjà oublié le titre et surtout le journal intime de Laura Palmer, niaisement intitulé Le journal secret de Laura Palmer. Extension marketing de la série Twin Peaks rédigée de manière si benoîte qu'on se demande s'il ne s'agit pas d'une blague de mauvais goût. Connaissant le sens de l'humour tordu de Lynch père, on ne doute pas une seconde que cette bérézina artistique et branchouille doit le faire rire. Encore maintenant. Alors une seule chose pour faire passer la pilule: rire avec lui.


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