

Un an avant le tournage, William Friedkin découvre la pièce homonyme de Tracy Letts, représentée à New York depuis des mois avec Michael Shannon mais sans Ashley Judd, qui cartonne et fait parler d'elle. En sortant, il est sous le choc. Pour lui, le résultat soulève des tonnes de questions sur ce que nous sommes sans réellement apporter de réponses. L'une d'entre elles consiste à savoir jusqu'où une femme est prête à entrer dans la tête d'un homme par amour. Proposer une transposition de cette pièce au cinéma lui a permis de retrouver une liberté qu'il avait perdue depuis quelques années. Au moment de tourner, cela s'est traduit par une incapacité à prévoir de quoi le plan du lendemain serait fait. En cela, on est très proche du «happening». Tracy Letts, qui avait écrit la pièce de théâtre, s'est attelé avec les coudées franches au scénario en modifiant mentalement des éléments purement scéniques et en bénéficiant de l'aide de chevronnés (Bryan Singer connu pour être un grand malin). Après
Les garçons de la bande et
L'anniversaire, il s'agit de la troisième adaptation théâtrale de William Friedkin. Et contrairement aux deux autres adaptations qui datent de la fin des années 60, à une époque où le cinéaste visait un cinéma intimiste avant de bifurquer vers le policier bourrin et de tutoyer les conventions Hollywoodiennes, il a projeté cette fois, fort de ses expériences passées, une identité visuelle incroyable. Essentiellement, il a travaillé l'atmosphère (les bourdonnements de climatiseurs, les bruits flippants du ventilateur, les ombres inquiétantes sur les murs suintants, la sonnerie agressive du téléphone). Afin de ressouder les liens entre
Bug et ses précédents films, il a eu recours à des autocitations (la crise d'épilepsie renvoie directement à
L'exorciste). Doué d'une éloquence et de dons de conteur, Friedkin effeuille un postulat de base pathétique pour laisser apparaître une troublante vérité. En lorgnant discrètement vers les univers de David Cronenberg (étrangeté organique du rapport au corps) et de Todd Haynes (personnage féminin a priori accordé avec le monde qui développe une allergie sociétale terrifiante), le réalisateur de
French Connection charrie le rire jaune et l'effroi bleu pour organiser des séquences violentes, élégantes, fiévreuses et polémiques qui sont autant de promesses angoissantes.
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