
LUST CAUTION : SHANGAI ET L'HISTOIRE
Tout sur LUST CAUTION - galerie de photos - Le 2008-01-11 09:57:29Lust Caution, le dernier film d'Ang Lee est une fresque sensuelle et politique comme le cinéma en produit trop peu. En cela, l'impression est d'autant plus saisissante que ce dernier est ainsi parvenu à une double réussite : donner chair et âme autant à deux figures qui se désirent qu'à une époque qui se déchire. En effet, la rencontre entre les deux protagonistes du métrage, Mr Yee et Wang Jiazhi est l'occasion pour le désormais double vainqueur du Lion d'Or vénitien, de saisir le désir, la passion mais aussi avec une force incroyable la Chine et plus particulièrement Shanghai sous leur jour le plus noir, celui de l'occupation Japonaise.

Un travail de reconstitution impressionnant
Adaptant la nouvelle éponyme d'Eileen Chang, le cinéaste s'est effectivement attelé à reconstituer avec le plus de véracité possible, la Shanghai de l'époque. Ainsi, avec la démesure de moyens que cela suppose, il s'est permis le luxe du détail et d'une forme de fidélité au temps. A titre d'exemple, si l'on considère les presque cent vingt jours de tournage nécessaire à l'opération et la multiplicité des lieux choisis, on sent le gigantisme affleuré sous les mots de James Schamus, le producteur et scénariste, lorsque avec fierté, il affirme que «l'équipe a habillé 182 devantures de magasin différentes, les a stockées, puis les a toutes vieillies pour qu'elles ne semblent pas neuves ». Ainsi, pour retrouver la ville d'alors, le tournage s'est donc offert des décors simplement impressionnants au point que l'on pouvait « regarder jusqu'en haut d'une rue entière, puis de l'autre côté, jusqu'en bas d'une autre. »
Mais cet effort notable et impressionnant n'a pour seule raison que de réinstaller avec le plus de vraisemblance, cette période si particulière de la ville portuaire pour mieux asseoir le récit et sa portée. Ainsi, bénéficiant d'intenses recherches à tous points de vue, le sort qui fut réservé à Shanghai témoigne de la folie de la Cité et du presque anéantissement qu'elle connut du fait du conflit. En somme, penser l'arrière-plan urbain de la ville, son horizon avec un tel degré d'investissement, ne pouvait avoir pour objectif que de servir l'intense relation qui va unir nos deux amants sur fond de trahison et d'infiltration, et créditer plus encore l'incandescence de leur union dans ce cadre crédible et dramatique, ici superbement posé.

Une Histoire sous jacente qui ne passe pas
Lust Caution situe en effet son action dans la Chine des années de guerre et d'occupation et plus précisément à Shanghai, la cité la plus importante de cette époque. Cette dernière est à l'instar de Nankin et Pékin, l'une des villes les plus emblématiques de l'occupation Japonaise. Autant par son potentiel que par son importance et sa situation stratégique et symbolique. Le choix de cet arrière-plan n'est dès lors pas innocent et va permettre à Ang Lee de placer notre couple adultère sous des auspices aussi troubles que ceux que Verhoeven explorait dans Black Book, ceux de la compromission et de la résistance face à l'oppression. Mais pour mieux étayer et comprendre cette donnée, revenons à l'occupation Japonaise et à sa progression.
Dans les années 1930, la Chine peine à s'affirmer ; dépassée, dépecée puis occupée, elle va progressivement ployer sous le poids de sa faiblesse et de ses déchirements internes. Ainsi, si Tchang Kaï Chek qui succède à Sun Yat Sen à la tête du gouvernement du Kuomintang (le parti nationaliste chinois), est en place, la Chine ne va cesser de se heurter au Japon et à ses velléités expansionnistes dans les années qui vont suivre. De fait, dès 1931, après s'être accaparée la Corée, la puissance nippone s'empare de la Mandchourie pour y installer un Etat fantoche, le Manchukuo, que dirigera le dernier Empereur Chinois. Placé sous les ordres directs de Tokyo, cette sécession va très vite s'avérer une extension du territoire japonais ainsi que la tête de pont idéale pour répondre sur le continent aux appétits expansionnistes du pouvoir militaro-impérial nippon. Et pourtant, la guerre entre les deux pays ne se déclenchera vraiment qu'en 1937, six ans après l'émergence de cette excroissance nippone en plein Empire du Milieu.

En effet, le Japon n'attendait qu'un prétexte pour saisir l'occasion de mettre à genoux et sous sa coupe, son rival de toujours. Et cette opportunité vint le 07 juillet 1937 à une quinzaine de kilomètres de Pékin, là où stationnaient conformément à un accord antérieur, des troupes japonaises. Ces dernières, suite à la disparition de l'un des leurs, accusèrent expressément les Chinois d'enlèvement et exigèrent d'emblée que les maisons de passe et autres lieux de réjouissance furent fouillés afin de le retrouver. Ainsi, si le soldat réapparut deux heures plus tard, l'incident était avéré et l'escalade pouvait commencer : la Chine avait refusée d'accéder à la demande japonaise et ces derniers se saisirent de l'occasion pour intervenir et essayer de s'emparer de Pékin, déclenchant la deuxième guerre sino-japonaise, le 28 juillet 1937.
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