

INLAND EMPIRE - David Lynch
79mn34 - Naïve
Ce qu'il y a de toujours étonnant dans un album musical d'un film de Lynch, c'est sa propension à naviguer entre deux rives, comme lorsque l'on passe d'un monde à l'autre (image puissante de Bill Pullman s'enfonçant dans le couloir de Lost Highway ou qu'une lampe change de couleur dans INLAND EMPIRE). Il est donc fréquent, avec cette bande originale, de subir l'hypnose sensitif de Woods Variation (12:19), parcours long et cauchermadesque à travers les fragments d'une vie fantasmé et d'une transformation corporelle, puis, d'être subitement enjôlé à l'écoute de Three To Get Ready de Dave Brubeck (5mn22). L'effet Lynch, c'est cela: pénétrer dans un monde absurde dans sa drôlerie autant que dans son sens de la terreur et en ressortir avec des oripeaux explicatifs où chacun peut y trouver sa vérité. En plus du travail musical effectué par David Lynch lui-même, ce dernier a choisi de parer son métrage d'ornements en parfaite adéquation avec la dissonance INLAND EMPIRE. On retrouve donc le Klavier Konzert (5mn26) de Boguslaw Schaeffer qui se subit plutôt qu'il ne s'écoute, mais qui nourrit l'image d'une graduation sonore terrifiante, comme le fait Als Jacob Erwachte (7mn27) de Krystof Penderecki avec sa nuée de cordes grinçantes. Comme un écho aux sycomores de Twin Peaks, on notera également la présence de Kroke et de son The Secrets Of The Life Tree.

L'influence de son compère Angelo Badalamenti se fait ressentir dès Rabbits Theme (0mn59) avec une nappe synthétique angoissante. Les thèmes composés personnellement par David Lynch (ils sont au nombre de huit) sont construits dans cet alliage de vapeur sonore qui emplit tout l'auditif (Mansion Theme - 2mn18) et un dyptique rythmiques fêlées/voix d'outre tombe qui rappellent son album Bluebob (Walkin'On The Sky - 4mn04). On ne serait pas chez Lynch sans un chant d'amour définitif, co-écrit avec Chrysta bell et nommé Polish Poem. On ne le dira jamais assez; au-delà de la narration substantiellement complexe, de la présence de forces sombres et de la violence esthétisée à l'extrême, David Lynch a écrit les plus belles histoires d'amour du cinéma.
Comme le visuel lynchien, la construction sonore est une expérience sensorielle. Les oeuvres audiovisuelles du réalisateur se ressentent plus qu'elle ne s'expliquent. A l'écoute seule, ce Cd permet de revivre une expérimentation graduelle de la peur et de la folie dans une mise en abîme foisonnante sur la création cinématographique.
Nicolas Schiavi
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INTERVIEW : DAVID LYNCH (INLAND EMPIRE)



























