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LE COIN DU CINEPHILE : THE LAST MOVIE (DENNIS HOPPER)

Tout sur THE LAST MOVIE - Le 2008-01-22 07:02:20


Réalisé en 1971, The Last Movie, second long métrage très bizarre de Dennis Hopper, épouse la personnalité complexe de son réalisateur et reste dans les mémoires cinéphiles comme un immense fiasco commercial après la palme Easy Rider. Aujourd'hui, on pourrait faire un étrange parallèle entre Dennis Hopper et Vincent Gallo, deux artistes contaminés par le même égotisme. L'écart entre Easy Rider et The Last Movie est comparable au gouffre entre Buffalo 66 et Brown Bunny. Les fans du premier ne trouvant pas de satisfaction immédiate à la vision du second. Entre les deux, le même schéma se produit: d'un côté, un premier film éclatant qui impressionne par son assurance; et, de l'autre, un second long dépressif qui se mutile silencieusement. Mais certains furent moins aveugles que d'autres: The Last Movie a remporté le Grand prix du Festival de Venise l'année de sa sortie. Cela n'en reste pas moins une oeuvre quasi-introuvable aujourd'hui qui constitue un témoignage passionnant sur le nouveau cinéma américain.

"Un grand film malade de Dennis Hopper dont la beauté réside dans la déchéance."


Impossible de trouver plus revêche que ce Last Movie, réalisé en 71, qui tient à la fois de la réflexion sur le cinéma, du western crépusculaire, de l'analyse théorique, du documentaire sur un village péruvien, du conte initiatique candide, de la métaphore sur les ravages de la colonisation culturelle américaine, de l'histoire d'amour et de la dépression artistique. Encore une fois, l'expression «grand film malade autodestructeur» prend toute sa signification. Essayer de le raconter par son menu programme semble inutile: The Last Movie brasse tellement de sujets qu'il s'avère irracontable. Une première lecture donne à penser que Hopper y détruit tous les mythes américains dans un grand tourbillon où se cognent les thèmes prégnants de cette culture (la religion, le sexe, le voyeurisme, l'argent). A plusieurs reprises, des cartons annoncent que des scènes manquent. Normal: la déconstruction narrative est à son paroxysme. Il s'agit donc d'un «film libre» sur la création qui se construit au détriment des autres. Dennis Hopper avait carte blanche suite au succès phénoménal du culte Easy Rider (tourné avec trois fois rien). Universal lui a donné 850000 dollars et le final cut, lui assurant une totale autonomie. Après avoir vu l'objet et le trouvant incompréhensible, le studio lui a demandé d'arrondir les angles et de rendre tout ça plus consensuel. Comme convenu, Hopper refuse et Universal n'assure rien. Avec ce trip totalement décousu, le cinéaste perd toute crédibilité auprès du tout Hollywood.


A la base du projet qui remonte bien avant la chevauchée d'Easy Rider, on décèle l'envie de rendre hommage à tout un pan de cinéma Hollywoodien et le besoin de gratter le vernis des apparences fictionnelles. Sommairement, on suit une équipe de cinéma menée par Samuel Fuller qui tourne un western dans un village péruvien paumé. Parmi eux, un cascadeur (Dennis Hopper donc) qui y vit en attendant que d'autres équipes viennent tourner dans les parages. Quelques jours après ledit tournage, les natifs de l'endroit tentent de reproduire la fiction du film en entrant dans une sorte de spirale mêlant violence et folie. Avant d'être une mise en abyme, l'opus réfléchit sur ce qui reste d'un film: quelle est l'espérance de vie d'un comédien dans un décor de cinéma, en forme de trompe-l'oeil? The Last Movie tend à déterminer ce qui relève du factice et de l'authenticité pour ausculter la réalité qui prend le pas sur la fiction. Par extension, il en découle une réflexion inédite sur le cinéma où l'art doit être vécu comme un sacerdoce. Hollywood y est dépeint comme une terre sainte, une cour des miracles qui amène aux pires désillusions. Parmi les acteurs secondaires, une impressionnante kyrielle de guest stars qui en profitent pour casser leur image publique. On retient surtout Julie Adams, actrice connue pour ses prestations de jeune fille pure comme la neige dans les westerns lambda, qui joue ici un rôle extrêmement sexué et par conséquent aux antipodes de ses précédents rôles.

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