Faire un classe/ pas classe des
Frères Coen est assez délicat. Les « pas classe » le sont tout de même toujours un peu. Mais bon, à côté de réussites sublimes, il y a quelques films mineurs où les frères étaient moins en forme que d'habitude, donc alors qu'ils reviennent avec un film sublime,
No country for old men, l'exercice ne paraît pas si incongru que ça.
Blood simple (Sang pour Sang): Très Classe
L'entrée en matière des frères était forcément décalée, dans un film noir brillant, qui se passait au fin fond du Texas. Le style est brut, dépouillé, violent. Il s'agit d'un adultère qui tourne au vinaigre, avec une tension oppressante et croissante, des personnages extrêmement marqués aux limites de la caricature et de l'archétype (mais sans jamais tomber dedans), des séquence à couper le souffle (Le meurtre du mari, Frances McDormand planquée pour échapper au détective privé). La mise en scène est virtuose, la violence sans concessions (on enterre un homme vivant, ce qui n'est pas sans rappeler
Kill Bill volume 2). Il s'agissait en 1984 d'une première claque et d'un premier grand film.
Arizona Junior: Grande Classe déjantée
Une femme-flic tombe amoureuse d'un braqueur de supermarchés. Le couple ne pouvant pas avoir d'enfant, ils kidnappent un des enfants du milliardaire Arizona. La veine fantaisiste des frères s'affirme. La voix off omniprésente apparaît (celle de
Nicolas Cage affublé d'un accent réjouissant), des personnages secondaires cartoonesques donnent le ton au film (le motard de l'apocalypse, les taulards en cavale, le couple d'amis échangistes). Tout est fantaisiste, haletant, va à un rythme soutenu et frénétique (l'interminable poursuite de
Nicolas Cage poursuivi par le caissier de la banque, les flics, les chiens, sa femme). L'outrance est partout, irrésistible (les hurlements interminables de
John Goodman). Mais la parodie n'est jamais cruelle. On éprouve beaucoup de tendresse pour les personnages qui en plus d'être drôles, deviennent profondément émouvants (deux qualités rarement réunies). Ils sont un peu paumés, franchement losers, mais touchants, humains. Le point de vue sur eux n'est jamais ironique ou condescendant. Ce film aurait pu être une suite de gags burlesque, mais par cette tendresse, il touche à une grâce presque chaplinesque.