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INTERVIEW : MATTHIAS GLASNER (LE LIBRE ARBITRE)

INTERVIEW : MATTHIAS GLASNER (LE LIBRE ARBITRE)

Tout sur LE LIBRE ARBITRE - galerie de photos - Le 2008-01-23 13:50:23


    Rarement une première scène de film aura aussi clairement fait le tri entre ceux qui vont accrocher leur ceinture pendant près de trois heures et ceux qui d'emblée ne vont voir dans cette histoire d'amour fiévreuse et immédiate qu'un vomitif qui n'obéit qu'à la surenchère crapoteuse. La controverse ne risque cependant pas de gronder comme en Allemagne où littéralement le cinéaste a eu à subir des tonnes d'articles incendiaires l'accusant de tous les anathèmes. L'intérêt de ce Libre arbitre (dans les salles le 30 janvier), qui se situe quelque part entre Jorg Buttgereit et Leos Carax, ne réside carrément pas dans cette intro brute et sèche. Depuis ses débuts, Matthias Glasner, spécialisé dans les fictions doloristes, épouse les mouvements intérieurs de personnages exclus aspirant confusément à rentrer dans le rang de la prétendue normalité. Pendant toute une première partie, il filme une fois encore un personnage limite : Theo (Jürgen Vogel, acteur successful dans son pays), violeur vampire remis en liberté après 9 ans de détention psy, perdu dans les méandres de sa psychologie détraquée, pathologiquement timide à la simple idée de croiser le regard d'une demoiselle. En interview, Glasner parle doucement, travaille sa dark attitude et revendique un goût pour l'horreur et l'immoral. La révélation allemande de ce début d'année, c'est lui. Et personne d'autre.

le libre arbitre

Comment avez-vous rencontré Jürgen Vogel?
Cela fait longtemps que je travaille avec Jürgen Vogel. Nous nous sommes rencontrés il y a douze ans. Il était déjà célèbre à l'époque. Je lui ai envoyé mon scénario, nous nous sommes rencontrés, nous avons parlé pendant deux longues heures de tout et de rien. De notre enfance, de notre capacité à s'autodétruire (il rit) ou même de nos goûts cinématographiques. Nous partageons une fascination commune pour Henri, portrait d'un tueur en série (John McNaughton, 86). On a tout de suite développé une relation fusionnelle. Nous pouvons nous permettre des délires tous les deux que nous ne partageons pas avec les autres. C'est une relation très exclusive et très rare et je pense que lui comme moi sommes très heureux de nous être rencontrés. On a travaillé ensemble il y a dix ans sur un film qui s'appelait Sexy Sadie qui est également sorti en France. Avec le recul, je pense même qu'on peut le prendre comme une introduction au Libre Arbitre dans le sens où ça parle d'un homme décrit comme le plus assassin de tous les temps qui sort de prison. La différence, c'est qu'il s'agissait d'une comédie en noir et blanc très stylisé avec un humour cinglant. La thématique était similaire, le traitement, non. J'ai toujours eu une fascination pour les personnages coupables ou qui se sentent coupables. La culpabilité comme malédiction me fascine.

le libre arbitre

Etait-il prévu dès le départ que le film s'ouvre sur une séquence aussi monstrueuse?
Oui. Cela s'est imposé dans le départ étant donné que je voulais que le spectateur se sente proche de ce genre de mec et hume son purin existentiel. C'est une manière d'avertir le spectateur et de lui indiquer que rien ne sera facile pour lui en regardant Le libre arbitre. Je déteste par-dessus tout la facilité. J'ai également fait en sorte que cette scène de viol dure longtemps, que le spectateur soit capable de voir ce personnage sous un autre aspect. Si au départ on le considère comme un violeur, ensuite on le prend pour ce qu'il est : un être humain. C'est là-dessus que repose le défi. Et c'est peut-être ce qu'il y a de plus choquant finalement : après plus de deux heures de film, on se rend compte que le violeur abominable du début n'est qu'un être humain avec toutes les émotions contradictoires qui vont avec.

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