
DANS LES SALLES : NO COUNTRY FOR OLD MEN, SWEENEY TODD...
Tout sur NO COUNTRY FOR OLD MEN - La Critique - Photos - Le 2008-01-23 02:39:33Un film de Joel Coen, Ethan Coen
Avec Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin
Durée : 2h03
SWEENEY TODD LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET
Un film de Tim Burton
Avec Johnny Depp, Sacha Baron Cohen, Helena Bonham Carter
Durée : 1h57
Ce n'est pas tous les jours que deux grands films sortent le même jour au cinéma. Surtout en cette période de vaches maigres. Tout d'abord, No country for old men - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, des Coen Bros, un authentique chef-d'oeuvre qui propose une réflexion sur la violence au cinéma aujourd'hui, sur les tueurs du cinéma américains d'aujourd'hui qui ont balayé les cow-boys d'antan. Le titre - maladroitement traduit en français - résume à lui seul l'intrigue : le « old man », c'est un sherif (Tommy Lee Jones, remarquable encore une fois) au bout de son rouleau existentiel qui croyait en des valeurs anciennes et se trouve dépassé par une nouvelle génération de gangsters dépourvus de la moindre trace d'humanité. C'est d'ailleurs là que le film est très beau : dans son souffle crépusculaire, son monologue déchirant et étrange sur un rêve. L'action se déroule idéalement dans le « country », qui devient un « no country », l'ouest Américain, le Texas, région frontalière et reflet bouillonnant d'un monde en pleine mutation. Ces indices nourrissent la profondeur de champ. Au premier plan, une chasse à l'homme infernale, hilarante, tendue. La proie, c'est le cow-boy halluciné (Josh Brolin, épatant) qui un matin découvre en plein désert des corps massacrés, des voitures calcinées, un chargement de drogue et une valise remplie de biftons. Le chasseur, c'est le Terminator coiffé comme un playmobil (Javier Bardem, génial), une bête à tuer qui devrait sans peine rejoindre le Dude au rayon des personnages Coeniens improbables et charismatiques. En adaptant un roman de Cormac Mac Carthy, les Coen bros reviennent avec du lourd. Du bon. Du sérieux. Avec une virtuosité de chaque instant, ils peaufinent des dialogues taillés au rasoir et ouvrent de nouvelles perspectives. Double plaisir du terrain familier et du territoire inconnu. Les frangins ne font jamais les mêmes choses de la même façon mais on les reconnaît quand même. Ils savent mieux que personne choisir, looker et combiner des interprètes qui se mettent mutuellement en valeur et apparaissent individuellement sous des dehors insoupçonnés. Mais c'est dans sa maturité que le film impressionne. Avec l'âge et l'expérience, ils se sont transformés en vieux cowboys Eastwoodiens qui peuvent traiter de la mort, de la perte, des vies déglinguées, des frontières et des limites qui n'existent plus avec autant de drôlerie que de tristesse, d'ironie que de mélancolie. C'est toute la valeur de ce film-somme dont la seule vraie faiblesse serait d'atteindre un sommet stratosphérique et peut-être insurpassable pour les deux cinéastes. C'est dire sa qualité, précieuse.

Ensuite, Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, de Tim Burton. Ce cinéaste-là a toujours aimé les songes sardanapalesques, les monstres humains, les histoires bizarres, les contes désenchantés qui se terminent mal. Après quelques accidents de parcours (le remake raté de La planète des singes et l'abominable Charlie et la chocolaterie), le virtuose revient à ses premières amours gothiques avec Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, adaptation enthousiasmante d'une comédie musicale de Broadway, qui narre l'itinéraire peu glorieux d'un barbier blessé et fantomatique, comme revenu des morts (Johnny Depp, une nouvelle fois remarquable), ayant passé des années seul en prison à ruminer intérieurement une vengeance cruelle. La haine ayant enseveli la raison. Sous la noirceur affichée d'un opéra bouffon et mortifère, se cache une histoire d'amour déchirante. Comme aux plus belles heures, Burton transforme un exercice périlleux de transposition - qui aurait pu lui être fatal - en oeuvre personnelle et audacieuse. Où les personnages s'enlisent dans le purin existentiel. Où l'on chante à son rasoir. Où les cafards s'échappent des pâtisseries. Où les ombres de Charles Dickens et de Frank Miller se chevauchent. Où les nouveaux venus (Sacha Baron Cohen dans un personnage secondaire hilarant) ne cherchent pas à faire leur perf et font des merveilles drolatiques. Ne pas conclure que Burton remette sur le tapis ses obsessions passées pour cligner ostensiblement à l'oeil des anciens fans déçus depuis Sleepy Hollow. Comme contrainte quasi-expérimentale, l'artiste a repris toutes les chansons de Stephen Sondheim issues de la comédie musicale sans avoir fait appel à Danny Elfman, son complice de toujours. Signe parmi d'autres d'une soif de nouveauté salutaire après une période mélancolique (mort du père, naissance d'un fils) traduisant incidemment le besoin vital de faire un bilan (Big Fish, oeuvre introspective). En concoctant ce festin avec des acteurs enchantés (Johnny Depp et Helena Bonham-Carter), Burton retrouve sa fougue imaginaire, lance des clins d'oeil (Terence Fisher, Tod Browning), multiplie avec un enthousiasme communicatif les rebondissements géniaux sous une nappe d'hémoglobine sucrée. Jusqu'à la scène finale, d'une intensité émotionnelle comparable à celle d'Edward aux mains d'argent (la pierre angulaire de sa filmographie). Le plus beau paradoxe de Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, farce amorale et ironique qui cache en son sein un coeur blessé et ravive cet esprit de merveilleux que l'on a tous un peu perdu. Grand film (pour lui et pour nous).
Romain Le Vern
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La Rédaction






















































