
Vincent Martini 7
TELEPOLIS
Un film de Esteban Sapir
Avec Alejandro Urdapilleta, Valeria Bertuccelli
Durée : 1h35
Date de sortie : 30 janvier 2008

Dans un monde où la politique dirige les médias, la Télévision ne cesse d'émettre des programmes de masse pour contrôler l'Opinion Publique et guider la population. Obnubilé par les émissions de consommation le peuple se désintéresse de la politique. Mr Télé, chef des programmes et dictateur du régime, a pour solution finale d'hypnotiser les gens pour s'en assurer une dévotion totale. Au milieu de ce monde de désolation, où les habitants ont été privés de toute parole et ne communiquent plus entre eux, subsiste La Voix. Elle est l'unique rescapée de cette dictature qui possède encore la parole et représente le dernier espoir de faire basculer ce régime autoritaire ...
A l'heure où le pouvoir de l'image imprime son empreinte indélébile sur une population toujours plus massive, ce qui nous écarte toujours plus des problèmes « réels », on notera que cette délicieuse fable philosophique arrive à point nommé. Elle a beau être traité avec ce charme désuet et nostalgique digne des débuts du cinéma où on s'émerveillait de voir un visage plein de crème représentant la lune, elle n'en impose pas moins un point de vue salutaire du monde des hommes d'aujourd'hui.
A travers cette histoire de peuple privé de voix dans une communauté aux liens sociaux absents, on ne peut s'empêcher de penser à tous ces récits sur la déshumanisation progressive de l'homme telle que racontée par Kubrick ou Oshii pour ne citer qu'eux. Le pouvoir en place supprime peu à peu les droits des citoyens afin d'imposer des lois liberticides servant exclusivement le jeu des puissants. Récit engagé, ce Telepolis l'est assurément, mais il ne faudrait pas occulter une autre force importante et peut-être même supérieure. Le film est aussi un formidable écrin d'émotions pour tout spectateur-rêveur-idéaliste. La quête purement politique et forte sait laisser sa place à des péripéties nettement plus humaines et simples. On pense bien sûr au fils de La Voix qui cherche inlassablement sa mère emprisonnée par Mr Télé, ou bien encore à la fille du héros souhaitant irrésistiblement voir se remettre ensemble ses deux parents. Nous retrouvons le charme fantastique de l'expressionisme allemand et l'innocence gaie des premiers films de Méliès dans cette fascinante cité. On jurerait presque voir un vestige des années 20 exhumé à l'écran bien que le film ait été produit en 2006.

En surfant toujours sur cette dualité de la nostalgie pure et la modernité du propos, l'oeuvre touche au but, celui de nous émouvoir par l'universalité de son propos et de nous faire vibrer par une narration simple et efficace. Cette aventure conviendra à tous les rêveurs ayant su garder une âme d'enfant et à tous les amoureux du cinéma dit surréaliste, où le muet était une force, où l'émerveillement pointait à chaque plan, où chaque univers à l'écran représentait autant d'invitations au voyage qu'il y a de spectateurs. Une jolie et bien curieuse oeuvre en définitive que même les menues baisses de rythmes ne sauraient entacher. Telepolis est certainement l'oeuvre la plus rafraichissante de ce début d'année.
7/10
Vincent Martini











































