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BENICIO DEL TORO : COMPOSITEUR DE ROLES

BENICIO DEL TORO : COMPOSITEUR DE ROLES

Tout sur NOS SOUVENIRS BRULES - La Critique - Photos - Le 2008-01-30 06:32:20


La présence de Benicio Del Toro est notable même lorsqu'il apparaît dans un second rôle. Il donne de l'existence, de l'épaisseur et un passé à son personnage. Cette faculté à se concentrer sur ses motivations, sur ce qu'il a vraiment à dire et à délivrer, le fait changer du tout au tout (du braqueur inintelligible dans Usual suspects à l'Indien attardé mental de The Pledge). Il crée un caractère comme un peintre son oeuvre, lui apporte une nuance, une couleur, une identité propre. Tout concourt pour que sa création gagne une existence. Même le flic de Traffic, seule marque de vertu dans un monde gangrené par le vice, n'est pas archétypal et a une bonne dose de malice pour sauver sa peau. Il bouleverse dans 21 grammes avec une justesse impressionnante, un parfait contrepoint aux tourments du personnage de Sean Penn (ils incarnent deux culpabilités différentes). Il peut aller très loin dans l'outrance ou la caricature avec une intégrité et un engagement profonds (Dans Sin City ou Las Vegas Parano). Il est l'un des acteurs les plus doués de sa génération, riche d'un registre multiple et complexe. Il revient à l'affiche de Nos Souvenirs brûlés, et prêtera ses traits au Che de Steven Soderbergh. On ne peut l'attendre qu'avec avidité tant son approche de chaque rôle est unique et passionnante. Un acteur de sa qualité peut saisir l'âme d'un personnage, son essence même.


Benicio Del Toro commence sa formation d'acteur avec l'enseignement de la légendaire Stella Adler, qui avait suivi les cours de Stanislavski (père de la fameuse « méthode », base de l'actor's studio). Elle avait notamment pris Marlon Brando sous son aile. Arrivé de Porto Rico, le jeune Benicio a dû faire de l'anglais sa seconde langue. Il se fait remarquer après quelques apparitions anecdotiques (notamment dans le très dispensable Big Top Pee Wee) en incarnant le plus jeune adversaire de l'histoire des James Bond dans Permis de tuer. C'était l'époque où Timothy Dalton incarnait le célèbre agent secret et que ses aventures avaient pris un tour plus grave et plus âpre. La licence tentait alors de prendre une nouvelle direction. Le jeune acteur entre donc dans « l'industrie » à l'affiche d'un blockbuster dans un rôle assez stéréotypé où l'on ne prenait pas encore la mesure de son talent.

C'est auprès de Sean Penn que le comédien trouve sa voie dans The Indian runner où il ne tient pourtant qu'un rôle secondaire et assez extravagant. Benicio Del Toro prouvera souvent qu'il peut souvent aller très loin dans la composition de ses personnages, jusqu'à en faire des happenings. Il ne tient pas forcément la tête d'affiche mais parvient à se faire remarquer quoiqu'il fasse, car il compose à fond chaque rôle, leur donne un ton souvent très marqué. Il a de l'audace et apporte ses intuitions et son inspiration à chaque performance. Il n'a pas peur de l'outrance comme dans Macho. C'est véritablement spectaculaire dans Usual suspects et son impressionnante chorale d'acteurs. Il a abordé son rôle avec une diction bien particulière, moitié marmonnant et moitié hystérique. A la limite d'être inintelligible, sans prévenir personne de son intention sur le plateau, il imposa son personnage et sa courte apparition comme incontournable.


Dans Etat second, Peter Weir dévoile une facette plus trouble de Del Toro. On est dans la psychologie et le traumatisme des rescapés. Comment dépeindre l'état d'esprit de ceux qui s'en sont tirés ? L'Etat second est post traumatique après un crash d'avion. Le sujet est délicat et complexe (comme souvent chez Peter Weir), exige une approche sensible et juste de ses comédiens. Le personnage de Jeff Bridges défie toute logique, il ressort de cette catastrophe en se sentant invulnérable et sans peur (d'où le titre anglais « fearless »). Del Toro incarne de son côté l'époux d'une femme rongée par la douleur et la culpabilité d'avoir perdu son bébé. Il est pauvre et voudrait tirer profit de la mort de son enfant. L'oeuvre est étonnante car elle sonde la nature humaine avec une acuité et une ambition rares. Del Toro est comme Jeff Bridges et Rosie Perez à la hauteur de la tâche.

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CLASSE PAS CLASSE : BENICIO DEL TOROCLASSE PAS CLASSE : BENICIO DEL TORO

Coup de projecteur sur la filmographie du plus charismatique des acteurs latinos...
 
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