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INTERVIEW MASTERS OF HORROR : TAKASHI SHIMIZU VERSUS STUART GORDON

INTERVIEW MASTERS OF HORROR : TAKASHI SHIMIZU VERSUS STUART GORDON

Tout sur THE GRUDGE - La Critique - Le 2008-01-31 10:34:05


Faisant tous les deux partie du jury de cette quinzième édition du festival de Gérardmer (respectivement membre et président), Takashi Shimizu et Stuart Gordon appartiennent à la même constellation "Masters of Horror" au même titre que leurs confrères Jess Franco, Ruggero Deodato, Neil Marshall ou Nicolas Winding Refn, même si leurs parcours et leurs sensibilités sont différentes. Takashi aime exploiter un canevas sans fin pour ajouter des idées tordues à chaque fois (The Grudge); Stuart préfère tâter des genres totalement différents pour arriver in fine avec une oeuvre radicalement différente de Re-animator (l'excellent Stuck, hélas hors-compétition). En fin de festival, ils étaient comme larrons en foire. On les a vu tous les deux pendant la grande fête des 15 ans. L'un était en train de danser; l'autre filmait tout avec sa petite caméra. On vous laisse deviner qui faisait quoi.


TAKASHI SHIMIZU
Age: 35 ans
Son film culte: Ju-On
Somme de toutes ses peurs: femmes aux cheveux longs + chat + lycéenne + grand-mère alitée + petit garçon + escalier + Sarah Michelle Gellar


Quelle est votre relation au cinéma fantastique?
J'ai eu une relation au cinéma fantastique qui est très spéciale. Personnellement, je n'aime pas trop citer de films parce que ce sont souvent quelques minutes qui m'effraient et pas nécessairement le film dans son intégralité. Dans un film d'horreur, j'aime par-dessus tout que l'intrigue soit très solide et qu'en même temps, il y ait une vraie cohérence esthétique. Dans le meilleur des cas, il faut que ce soit novateur. J'adore être surpris en regardant un film d'horreur. La novation peut venir des effets spéciaux, des prises de vue réelles, de n'importe quel élément. Pourvu que ça révolutionne.

Au regard de votre filmographie, vous semblez passionné par l'expérimentation.
Oui. J'ai travaillé plusieurs fois sur le même canevas de Ju-On/The Grudge. Et à chaque nouvelle variation, j'y injectais des différences. Je me fixais un thème différent à chaque fois. Je n'en parlais pas nécessairement à mes producteurs ni à mes acteurs. Je me fixais une ligne de conduite, j'essayais de trouver un nouvel angle. Pas forcément d'un point de vue technique, il fallait que des éléments changent ou évoluent dans la structure narrative, au niveau de l'agencement des séquences et des plans. Cela demandait à ce que je travaille au niveau du montage. Le thème central était toujours le même. Tous les épisodes de Ju-On reposent sur la peur. Et j'ai toujours essayé de travailler en fonction de mon évolution face à la peur. En injectant mes peurs du moment. A chaque fois, cela me permettait de travailler un angle de vue totalement différent.


Dans The Grudge, la version de Ju-On que vous avez proposée aux Etats-Unis, vous donniez autant d'importance aux acteurs américains qu'aux acteurs japonais. Au moment de tourner, la démarche n'a pas semblé un peu trop audacieuse?
En réalisant The Grudge, l'idée n'était pas tant de réaliser un remake mais plus de faire part de ma position de réalisateur japonais aux Etats-Unis. En tant que japonais, je ne connais pas la culture américaine. Je ne voulais pas non plus dévaloriser les acteurs japonais sous prétexte que le film était américain. J'ai essayé de les faire coexister de manière équitable sans en mettre certains en valeur plus que d'autres. Je me suis rendu compte de la dimension subversive d'une telle démarche seulement après avoir tourné le film. A l'origine, le principe était simple: si je ne pouvais pas faire ce que je voulais, je n'acceptais pas. Ou alors je serai parti en cours. On voit beaucoup de jeunes cinéastes qui se font avoir par le système Hollywoodien et qui au final voient leurs films remontés. Le fait de voir le film sous cet angle «subversif» me rassure et me donne à penser que finalement je ne regrette rien de cette expérience.

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