

La réussite de cette seconde saison de Dexter ne coulait pas de source. James Manos Jr et sa fine équipe nous avaient apparemment tout dit sur le cas Dexter lors d'une première saison qui faisait mine de tout conclure en laissant le spectateur, vidé et repu. Notamment lors d'un climax opposant deux tueurs en série étroitement liés qui prenait des allures Shakespeariennes de lutte fratricide. Le genre d'événement dont on ne se remet pas. Et la preuve: les personnages, à commencer par Dexter et Deb, sa soeur (respectivement frangin et petite amie du tueur), ne s'en remettent pas. Tout le début de la saison 2 reprend là où on avait tout laissé, en lambeaux: les scénaristes tiennent rigueur du caractère post-traumatique d'une telle révélation pour ces deux personnages avant de fureter vers des zones encore plus interlopes: Dexter est taraudé par une culpabilité latente et Deb dépense toute son énergie dans le sport en fuyant tout contact avec la gente masculine. Mais ce qui semble passionner tout le monde dans cette saison 2 réside dans l'identité morcelée de Dexter qui se débat dans sa tête avec ses démons intérieurs (plein de flash-backs qui permettent d'en savoir plus sur la relation entre Dexter et son père) et cherche obstinément à remettre de l'ordre dans ses sinistres souvenirs entre désir et déterminisme, pulsion et raison. Histoire de faire passer tout l'attirail psy comme lettre à la poste, James Manos Jr et sa bande de scénaristes ont greffé une intrigue policière potentiellement stimulante en toile de fond. Elle est annoncée dès la fin du premier épisode : les flics ont découvert la cachette secrète du père Dexter qui se débarrasse des corps, emballés dans des sacs plastiques, au fond de la baie de Miami. Après le «Ice Truck Killer» qui suscitait l'admiration honteuse de Dexter et se révélait plus ou moins être son double (saison 1), le «Bay Harbor Butcher» est le nouveau tueur que la police veut traquer (saison 2). La différence, c'est que l'on connaît déjà l'identité dudit tueur. Le vrai suspens de cette nouvelle saison tient dans la capacité de Dexter à préserver ce secret intact. Au même titre qu'il essaye de rentrer dans un moule social fragile et quitte sa solitude, le protagoniste est de plus en plus surveillé. Notamment par le sergent Doakes (élément très important) dont les soupçons étaient déjà éveillés vers la fin de la saison 1.

La bonne idée, c'est que la dimension schizophrène, inhérente à la série, réside ailleurs: dans le portrait de Dexter, qui doit dans un premier temps gagner la confiance de Rita (Julie Benz), sa petite amie frêle, torturée par les agissements pervers de son ex violent (qui crève dès le premier épisode), les expectatives de plus en plus capricieuses de ses enfants (qui doivent faire un deuil du genre sévère) et le trop-plein affectif d'une maman psycho-rigide (qui ne fait pas confiance à Dexter, de peur que sa fille ne se trompe une seconde fois). Le fait que l'ancien mari atrabilaire décède dès le premier épisode n'est pas une astuce de scénario pour se débarrasser d'un acteur embarrassant. Cela amène les personnages à tirer un trait sur leur passé moribond pour recommencer une nouvelle vie pleine d'espoir. Ce qui est intéressant, c'est de voir comment Dexter va se mettre au diapason de cette situation en essayant de freiner aussi ses pulsions meurtrières et d'oublier son passé sanguinolent. Dans un second temps (schizophrénie oblige), Dexter va devoir lutter contre l'agressivité sous-jacente autour de lui, au boulot, avec ses collègues sens dessus dessous. Ancienne lieutenante ayant perdue ses fonctions privilégiées et sa superbe arrogance, Laguerta doit retrouver une humilité et une clairvoyance pour supporter sa nouvelle situation ; Deb, soeur de Dexter, doit retrouver confiance en elle après les féroces désillusions (perte de son grand amour) en piochant un nouveau partenaire qui saura répondre à ses attentes (finalement plus affectives que sexuelles) ; Angel, vaguement foutu à la porte par son ex, doit apprendre à relâcher la pression de son activité professionnelle s'il veut s'offrir un peu de bon temps avec une nouvelle donzelle ; Doakes, sergent terriblement obsédé par Dexter, doit baisser la garde s'il ne veut pas devenir totalement cintré etc.







































