
JOSHUA
Un film de George Ratliff
Avec Sam Rockwell, Vera Farmiga, Celia Weston
Durée : 1h45
Date de sortie : 21 avril 2008

Sur le papier, on craint le pire dans le registre de la série B de fond de tiroir qui prétend broder une énième fois sur le sempiternel « enfant maléfique » en vogue depuis La Malédiction et décliné à toutes les sauces. Heureusement: il n'en est rien. S'il ne révolutionne strictement rien, Joshua, de George Ratliff, semble de toute évidence réalisé par un cinéaste pas maniaque qui n'a pas envie de réciter des formules et qui malgré tout doit composer avec un scénario rompu aux lieux communs. Avec intelligence, il opte pour la distanciation et choisit de tourner la majorité des situations en dérision. Ce qui ne signifie pas en ridicule, auquel cas le résultat se serait étouffé dans son propre sarcasme. Fonctionnant crescendo, cette série B faussement rangée dans les normes fait dans ses interstices et ses moments de flottement intrigants émaner quelques instantanés de subversions bien sentis. La première ironie vient de la photo de Benoît Debie qui met en valeur la fadeur moutarde d'un univers bourgeois et sclérosé où les personnages semblent eux-mêmes cloisonnés dans leur quotidien égoïste. Ils essayent de véhiculer l'image d'une famille heureuse mais paraissent incapables de prendre soin les uns des autres. Ce n'est que leur aveuglement qui les amènera à perdre les pédales. Et rien d'autre.

Au final, la menace provient moins du jeune Joshua/Damien - qui ressemble plus à un réceptacle de frustrations - que de l'aliénation silencieuse. Si bien que le spectateur a tendance à faire comme le marmot : regarder le monde destructeur qui s'agite autour de lui, et surtout sans lui. Entre le papa pas paternel qui se complaît dans l'ennui, la maman dépressive et hystérique qui multiplie les sourires pour masquer son inaptitude à appartenir à la haute bourgeoisie, le nouveau né qui attire tous les regards, la grand-mère rose bonbon qui croit que la religion peut tout résoudre et le tonton gay qui n'aime pas jouer du piano debout. Cette propension à tordre les codes du genre se ressent dans la caractérisation de personnages gratinés. Les parents sont par exemple un modèle de déséquilibre. Si Vera Farmiga et Sam Rockwell ne donnent pas nécessairement l'impression de former un couple crédible, ils ne jouent pas dans le même film. Et pour une fois, ce n'est pas un mal pour la cohérence de l'histoire. Rockwell semble avoir reçu comme indications scéniques de singer le Nicholson de Shining et d'arborer une mine de plus en plus désabusée. Mais c'est surtout Vera Farmiga qui assure le spectacle toute seule comme une grande. Mal coiffée, bouffie de cernes, l'actrice semble ne pas avoir dormi pendant tout le tournage. Ratliff s'amuse tellement à se moquer de son personnage qu'il n'hésite pas à accentuer sa folie et à lui donner toute sorte d'handicaps (pulsions autodestructrices, béquilles, vêtements mal assortis, partie de cache-cache poubelle).







































