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INTERVIEW : ADOLF BURGER (LES FAUSSAIRES)

INTERVIEW : ADOLF BURGER (LES FAUSSAIRES)

Tout sur LES FAUSSAIRES - La Critique - Photos - Le 2008-02-06 05:46:07


Nouveau film du réalisateur d'Anatomie 1 & 2, Les Faussaires s'écarte dramatiquement des considérations horrifiques du diptyque pour narrer un passage de la seconde guerre mondiale encore trop peu connu, et ayant pourtant failli renverser l'équilibre des forces en plongeant l'Angleterre dans un abîme financier désastreux. Contant comment un groupe d'artistes juifs furent employés par les nazis afin de fabriquer de faux billets, Les Faussaires s'inspire d'un livre écrit par un des deux survivants de ce que l'on nomme aujourd'hui l'opération Bernhard. Responsable d'imprimeries communistes à Prague avant la guerre, Adolf Burger, aujourd'hui âgé de 90 ans, s'est ainsi retrouvé embringué dans une aventure humaine terrifiante, aux premières loges d'un terrible massacre minutieusement organisé comme on espère ne plus jamais en voir. A l'occasion de la sortie du film, le survivant, vaillant et les idées claires, nous a accordés quelques minutes, entouré de documents d'époques et dirigé par l'envie de porter son témoignage poignant à bouts de bras.



On comprend que le film veut lutter contre le négationnisme, mais n'avez-vous pas peur qu'il n'attire les gens plus par le côté « extraordinaire » de ce qu'ont pu réaliser les allemands par cette opération Bernhard, qu'à cause de la partie « juive » du scénario ?
Vous savez, il y a plein de très bons films sur Auschwitz, sur Birkenau, mais lorsque les deux dames de la société de production Magnolia m'ont abordé, je savais exactement que dans leur film, elles ne pourront pas tout dire. Mais ce que je pouvais faire moi, ici, c'était de parler de ce secret là, de cette opération dont le grand public ne sait rien. Ainsi je pouvais prouver que non seulement les nazis étaient de cruels assassins, mais également de vulgaires faussaires. Je ne peux pas faire un film qui montrerait de A à Z tout ce qui se passait dans un camp de concentration. D'ailleurs la société de production n'a même pas pu montrer la scène où on nous a libérés, cette scène a été changée...



Il y a dans le film une dualité très forte entre la volonté de survivre et celle de rester intègre et honnête, de ne pas dépasser certaines limites morales. Est-ce que la situation était aussi tranchée dans le camp ou la dramatisation du script reflète une vérité plus nuancée ?
Si vous lisez le livre, vous réaliserez que cela se passait vraiment autrement. Nous avons fabriqué avec mes camarades 131 ou 132 millions de livres sterling. Le sabotage était impossible dans de telles conditions car si nous avions saboté le processus, nous aurions été fusillés sur le champ. Les Nazis avaient fait examiner ces libres sterling par vingt banquiers spécialisés en contrefaçon et qui venaient avec leurs tables lumineuses et qui regardaient effectivement s'il s'agissait de faux ou de vrais. Donc il fallait véritable livrer de vrais faux. Et un jour, Kruger est venu et nous a dit « A partir d'aujourd'hui on va faire des dollars » et donc nous avons été transférés dans le bâtiment 19 qui était cette imprimerie des dollars. Là-bas, mon camarade Yacobson, le juif polonais m'a dit : « Il ne faut pas que l'on produise ces dollars car on va prolonger la guerre si nous faisons cela ». A l'époque, aux Etats-Unis, on fabriquait les dollars avec une technique qui demandait une plaque d'acier, or Kruger avait certaines techniques à l'époque innovantes : la photogravure. Et pour cette technique, il fallait avoir une gélatine. C'est alors que mon ami Yacobson m'a dit : « je vais gâter la gélatine, et ainsi les contours seront toujours un peu flous ». Le portrait du président était ainsi bien imprimé mais les autres contours étaient flous, et donc pendant 6 semaines, nous avons utilisé une mauvaise gélatine. Kruger est alors venu et nous a dit : « Si dans 6 semaines, je n'ai pas mes dollars, ces 4 là seront fusillés ». Et personnellement, je n'avais pas envie d'être fusillé pour une histoire de dollars, et donc on a décidé de produire les dollars, mais nous avons tout de même essayé de retarder cette production autant que possible. Nous n'avons ainsi commencé qu'après 2-3 semaines à rendre une bonne qualité de dollars, alors que les russes étaient enfin à 110-120 kilomètres de Berlin. Et heureusement que nous avons réussi à retarder la chose car nous aurions dû produire tous les jours de ces 6 semaines l'équivalent d'un million de dollars, mais nous n'avons finalement pu produire que 200 billets. En effet, c'est ce jour que Kruger a décidé de transférer via camions tout l'équipement à Mauthausen.

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