

On voit rarement des scénaristes en promo pour des films américains.
... Je sais...
...Mais il y a actuellement comme une énorme hype autour de vous. Comment le vivez-vous ?
C'est quelque chose d'assez étrange à vivre. Surtout qu'effectivement les scénaristes sont plutôt mis à l'écart quand un film en est au stade de la sortie proche.
Le scénario de Juno est d'évidence très personnel. Qu'y a-t-il de vous dans ce personnage d'adolescente enceinte ?
Il y a un peu de moi dans chacun des personnages du film : celui de Juno a évidemment été le plus facile à écrire, parce qu'il est, disons, semi-autobiographique : cette fille ressemble beaucoup à ce que j'étais adolescente. Mais au fur et à mesure de l'avancée du scénario, et plus tard quand le film a pris vie au tournage, Juno s'est écartée de moi pour devenir un amalgame de ma personnalité, celles de Jason Reitman (Ndr : le réalisateur) et Ellen Page. Même si on me donne beaucoup de crédits, ce rôle est vraiment une création commune, Ellen serait son âme, Jason son coeur et moi, éventuellement son cerveau.
Le plus inattendu est que ce film soit labellisé comme une comédie à la Judd Apatow (le producteur de Supergrave, En cloque mode d'emploi ou 40 ans toujours puceau), alors qu'on pense plutôt à l'univers des teenages movies de John Hughes des années 80...
Au final je suis plutôt contente qu'on perçoive Juno comme une comédie. Originellement, je voulais écrire un film beaucoup plus noir. Je me souviens m'être dit en m'asseyant devant mon ordinateur que j'allais écrire le film pour ados le plus décalé possible, que je voulais être la nouvelle Alexander Payne (Ndr : connu pour Sideways, ce réalisateur a à son CV des comédies ados très acides comme L'arriviste ou Citizen Ruth). Et puis, l'écriture allant, ce scénario a été peu à peu gagné par une chaleur humaine, par une énergie positive. Ce qui m'a surpris, étant plutôt d'un penchant cynique et psychotique. C'est aujourd'hui, une sorte d'expérience curieuse pour moi de voir des gens rire ou être émus par quelque chose que j'ai écrit...

Le décalage de Juno tient en partie par ce principe d'y avoir des adolescents qui semblent plus en phase avec la réalité que les adultes, qui ont quasiment tous un comportement infantile...
Je trouve qu'il y a quelque chose d'assez réaliste dans ce contexte : Juno est enceinte, Bleeker, son petit ami, l'accompagne dans cette aventure. J'ai toujours été convaincue que les gens qui vont avoir des enfants acquièrent comme une perception plus lucide du monde. Comme si en enfantant, on se retrouvait avec un instinct beaucoup plus accru de la réalité. Mark et Vanessa, le couple qui veut adopter l'enfant de Juno est à l'évidence beaucoup plus insouciant, beaucoup moins en phase avec les responsabilités que ça va impliquer qu'elle. Dans une certaine mesure, eux régressent alors que cette adolescente est en train de mûrir. Je trouve qu'ils se rejoignent -et se reconnaissent- dans une vulnérabilité qu'ils ont soudain en commun.














































