

Le titre de ce brûlot sur la dégradation de l'homme par l'homme caractérise une expression généralement utilisée par des prisonniers pour désigner une évasion réussie. A l'origine, un homme: William Hayes, touriste américain, en vacances avec sa petite amie en Turquie. Dans le but de se faire un peu d'argent, il compte repartir aux Etats-Unis avec deux kilos de haschisch. Alors qu'il est sur le point de monter dans l'avion, il est soumis, comme les autres passagers, à une fouille de sécurité par des policiers. En l'examinant, ils découvrent la drogue et l'arrêtent sur le champ. Début du cauchemar: Billy est emmené à la prison de Saðmalcýlar à Istanbul. Commence une longue série de procès qui l'emmène tout droit à la case prison. Par souci de réalisme, le vrai Billy Hayes a participé en tant que consultant à la réalisation. Le tournage ne s'est pas déroulé en Turquie mais à Malte. Ce qui explique par exemple pourquoi tous les personnages parlent le maltais et et non le Turc. A force de raccourcis psychologiques, le film a violemment été vilipendé. Notamment dans la représentation des Turcs. La première incohérence veut qu'on les voit porter le fez (chapeau rouge en forme de cône tronqué) alors qu'il n'est plus porté depuis l'abolition des couvre-chefs symboliques ottomans par la république Turque en 1923. A l'intérieur de la prison, la corruption et la perversion se révèlent le pain quotidien d'une justice hiérarchisée à outrance. L'intrigue propose des tortures et des viols, appuie la cruauté des gardiens, souligne la corruption des juges et rappelle la vénalité des avocats.

De cette image hypertrophiée, Stone s'en est publiquement excusé pendant sa rédemption cinématographique (après Alexandre et avant World Trade Center). Lors de sa visite en Turquie, en pleine promotion, le quotidien Sabah titrait «Oliver Stone est venu pour faire la paix». Midnight Express a été interdit jusqu'en 1993 en Turquie avant d'être finalement diffusé à la télévision. Pour la population, le film est à l'origine de nombreux préjugés xénophobes sur leur pays et responsable d'un traumatisme national. L'appel au boycott est d'ailleurs toujours en vigueur. En réalité, les différences entre le calvaire de Hayes et ce qui est montré dans le film de Parker sont notables. A commencer par l'arrestation de Hayes, seul au moment des faits. La présence de la petite amie sert d'élément dramatique pour assurer la dimension romantique du récit et stimuler le Hayes fictionnel notamment lors de la marquante scène du parloir où ces deux personnages «font l'amour» à travers une vitre. Ensuite, le vrai Hayes faisait réellement de la contrebande de drogue depuis longtemps et n'a rien d'un touriste qui commet une erreur de jeunesse. Toute la dernière partie de la fiction est totalement inventée puisque Hayes a réussi à s'évader grâce à un transfert dans une autre prison.
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