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CINE : THERE WILL BE BLOOD, CHEF D'OEUVRE ABSOLU !

CINE : THERE WILL BE BLOOD, CHEF D'OEUVRE ABSOLU !

Tout sur THERE WILL BE BLOOD - La Critique - Photos - Le 2008-02-08 08:08:06


Il suffit d'une introduction musicale et elliptique pour que l'on soit immédiatement happé par cette oeuvre éblouissante qui pendant ses premières minutes se dispense de tout dialogue. Le brio de Paul Thomas Anderson cloue le bec. La subtilité du montage, l'utilisation des violons déglingués en guise de bande-son crépusculaire, les échanges de regard anxieux, la précision maniaque d'un geste et l'intensité brute des images racontent tout. Sans avoir recours aux mots. Sur ce régime, avec la même science, le récit continue sans que l'on ne s'en rende compte. On perd toute notion du temps qui passe, malgré une durée impressionnante (plus de deux heures trente); et les événements s'enchaînent avec la même puissance élégiaque d'un bout à l'autre. Jusqu'à la chute finale à la fois bouleversante et horrifiante. Pas un plan de trop, c'est juste remarquable. There will be blood est un météore venu nous percuter de plein fouet, même lorsqu'on en soupçonne les qualités avant d'entrer dans la salle. Un météore qui raconte une histoire en ne misant que sur l'intelligence et la sensibilité du spectateur. Rien d'autre. Un modèle de construction qui n'a plus besoin de se disperser pour se rassurer. Depuis ses débuts, PTA a souvent été considéré comme un disciple qui suivait des démarches sages. Une sorte d'élève brillant qui n'osait pas. Avec There will be blood, il ose. Après No country for old men, des frères Coen, voici donc un second chef-d'oeuvre absolu pour le cinéma américain en 2008. Mais qui l'arrêtera?

THERE WILL BE BLOOD
Un film de Paul Thomas Anderson
Avec Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Mary Elisabeth Barrett, David Willis
Durée : 2h38
Date de sortie : 27 février 2008

there will be blood

L'histoire, en deux mots. Daniel Plainview (Daniel Day Lewis, impérial) est un prospecteur malin, flanqué de l'enfant d'un terrassier tué lors d'un forage, qui achète les droits d'exploitation des puits de pétrole d'une famille vivant dans un ranch au Texas. Mais bien vite ledit prospecteur se rend compte que le pétrole va remettre en question le rêve américain. Point barre. Motus. On n'en dira pas plus. Ce serait inutile : tout est sur l'écran. Peu importe dans le fond que vous soyez clients (ou non) du cinéma de Paul Thomas Anderson: There will be blood est son long métrage le plus indiscutable. A tous les points de vue. Il ferait presque passer l'architecture pourtant robuste de ses précédents films pour des brouillons prometteurs quoique référentiels: Boogie Nights empruntant beaucoup au cinéma de Scorsese jusque dans la scène finale reprise de Raging Bull; Magnolia utilisant la structure du film choral de feu Altman; Punch, drunk, love se déroulant sur un rythme paranoïaque et absurde proche d'After Hours. En puisant sa substance dans un roman de Upton Sinclar paru en 1927 (naguère interdit pour outrage à la morale) pour en conserver l'écume nitreuse, PTA a juste signé une oeuvre inclassable sans cesse rythmée par une dialectique entre le général et le particulier, l'horizon individuel et la perspective collective. En surface, There will be blood dissèque la fascination américaine de l'Ouest à travers l'itinéraire d'un ouvrier pauvre qui devient magnat du pétrole. Un itinéraire qui évoque le destin exceptionnel d'un Rockefeller qui, en partant de rien, est devenu richissime. Plus précisément, celui de Edward Doheny, personnage ayant réellement existé et source d'inspiration du cinéaste, qui au début du siècle dernier fit creuser plus de 500 puits et en cinq ans devint l'une des fortunes les plus considérables d'Amérique. Pour retranscrire cette période fastueuse, PTA est parti enquêter comme un étudiant dans des régions pétrolières, s'est inspiré de clichés riches en détails, a relevé des faits historiques et mis la main sur des vieux journaux jaunis.

there will be blood

Mais le travail historique, au même titre que le procédé de transposition littéraire, n'est pas une obsession maladive pour le cinéaste. Car - et on le devine vite -, l'intérêt réside tout d'abord dans deux thèmes personnels qu'il a aimé à explorer par le passé. A savoir les relations filiales entre un père et son fils et le rapport à la foi à travers un personnage de prédicateur évangéliste qui dissimule son manque de confiance sous des transes hallucinées. On avait déjà vu ça dans Magnolia; et, ces sujets majeurs dans There will be blood s'expriment autant que les problèmes de gisements et la quête frénétique des dollars. Sans que rien ne soit clairement déterminé. Rien n'est surligné. Tout semble instinctif, comme si cette capacité à traduire beaucoup sans effets coulait de source. En résulte un brouhaha d'images intrigantes. Dans There will be blood, la relation père/fils renforce une vraie ambiguïté dans les intentions du personnage principal (est-ce que l'orphelin aux yeux écarquillés sert de prétexte au père pour susciter l'attendrissement des braves gens? Est-ce que Plainview aime réellement cet enfant qu'il considère comme son fils?). A défaut d'avoir des réponses, on se contente d'interpréter les gestes et les regards de cet homme aussi rustre qu'insaisissable. Les scènes d'évangélisation se révèlent tragiquement grotesques, toujours désamorcées par le regard de Plainview qui prend la foi et la religion comme subterfuges pour berner son entourage. Dans cette distance goguenarde, cohabitent la tragédie et la farce. Car oui, There will be Blood n'est pas écrasé par la solennité et se révèle par intermittence salement drôle. Face à ce personnage, le jeune prêtre Eli Sunday (l'angélique Paul Dano, révélé par Little Miss Sunshine) est censé symboliser le Bien, l'âme pure que l'on va prendre plaisir à traîner dans la boue. Cette confrontation permanente entre le Bien/la foi (Dano) et le Mal/l'ambition (Day Lewis) assure l'enjeu dramatique - surtout lorsque l'un contamine l'autre -, et trouve une résolution hallucinante dans un climax final de haute intensité. Puissance de portée intacte.

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