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CINE : MR73

CINE : MR73

Tout sur MR73 - La Critique - Photos - Le 2008-02-16 04:58:33


Un polar d'une noirceur déstabillisante

Sophie Wittmer 9
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Après la surprise 36 quai des orfèvres, Olivier Marchal n'avait qu'une obsession : « ne pas décevoir ». L'auteur/réalisateur savait que son nouveau film serait attendu au tournant et qu'il lui faudrait une fois de plus tout remettre à plat. Heureusement, refusant de se reposer sur ses lauriers, l'homme qui a sauvé le polar français a choisi de radicaliser son propos tout en restant fidèle à son univers et à sa démarche. Résultat : MR-73, le dernier volet de sa trilogie sur la police, est une véritable perle noire, un grand polar funèbre et humain, une virée désespérée dans les égouts de l'humanité, à la recherche d'une ultime étincelle de vie.

MR-73
Un film d'Olivier Marchal
Avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Gérald Laroche, Catherine Marchal, Francis Renaud, Guy Lecluyse, Philippe Nahon...
Durée : 2h04
Date de sortie : 12 mars 2008

mr73

Un tueur en série ensanglante Marseille. Louis Schneider, flic au SRPJ, mène l'enquête malgré l'alcool et les fantômes de son passé. Le passé resurgit aussi pour Justine. 25 ans plus tôt, ses parents ont été sauvagement assassinés par Charles Subra. Schneider l'avait alors arrêté. Mais aujourd'hui, par le jeu des remises de peine et pour bonne conduite, Subra sort de prison. Cette libération anticipée va alors réunir Schneider et Justine, deux êtres qui tentent de survivre au drame de leur vie.

Olivier Marchal ou l'homme providentiel. En 2004, lorsque 36 sort sur les écrans, tout est encore à (re)faire. Piégé entre des téléfilms formatés et des films d'auteurs cafardeux et moralistes, le polar français est en état de coma dépassé. Les producteurs n'y croient plus et les spectateurs ne se déplacent plus. Après être passé par la case police et la case télé, Marchal débarque dans le cinéma français avec Gangsters, un premier film intéressant mais inabouti. Comme beaucoup d'autres ex-flics passés du côté de la fiction, il est regardé comme un auteur susceptible d'apporter un certain vérisme au genre mais certainement pas comme un cinéaste. Gros malentendu : Marchal n'est pas qu'un policier de plus voulant faire du cinéma (qui a dit Contre-enquête ?), c'est avant tout un amateur de polars et un cinéphile qui est rentré dans la police parce qu'il avait grandi en admirant des flics de papier ou de pellicule. Pas étonnant donc que Marchal s'investisse autant dans ses films policiers. La police et le cinéma : les deux grandes affaires de sa vie. C'est assurément ce degré d'implication quasiment viscéral qui fera de 36 à la fois un grand film et un grand succès populaire, et ce malgré des têtes d'affiche peu surprenantes et un gros studio français à la tête du projet. Les retombées de ce succès marqueront une véritable renaissance du genre, une flopée de nouveaux polars fleurissant progressivement sur nos écrans. En un film, Marchal aura imposé un ton, un univers, des gueules que l'on retrouvera d'ailleurs un peu partout dans les années qui suivront (c'est peu dire que le cinéaste a quasiment mis sur orbite une nouvelle génération de seconds couteaux typés qui manquait cruellement au cinéma de genre français).

mr73

Après ça, Marchal aurait pu verser dans la surenchère, refaire du polar prestigieux, bardé de stars, de bagnoles rutilantes et de décors opératiques. Au risque de s'y perdre. Il a préféré embrayer sur une tragédie à hauteur d'homme, un "petit" film noircissime, une histoire ô combien importante pour lui puisqu'elle est inspirée d'un fait divers qui a provoqué son départ volontaire de la police. Dès le départ, on sent cette volonté de rentrer dans le vif du sujet en collant de près à la déchéance de son héros. Porté par la belle voix triste de Leonard Cohen et filmé par une caméra profondément empathique, le superbe générique de MR-73 (toutefois précédé d'une courte introduction quelque peu sentencieuse) impose en quelques minutes la situation et l'état d'esprit d'un personnage avec une efficacité et un sens du lyrisme qui fait la plupart du temps défaut à nos polars franco-français. Car, une fois de plus, Marchal s'inscrit en faux contre cette esthétique dominante du naturalisme falot qui gouverne actuellement le film policier bien de chez nous. Alors qu'il s'était déjà fait reprocher la musique envahissante ou les filtres trop voyants de 36, le cinéaste récidive et va même encore plus loin. MR-73 risque donc d'être un calvaire pour les tenants d'un cinéma français adepte du profil bas visuel, pour ceux qui hurlent à la bouillie hollywoodienne dès qu'un film français essaie de raconter quelque chose avec des images.

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