
THE DEAD GIRL
Un film de Karen Moncrieff
Avec Toni Collette, Brittany Murphy, Marcia Gay Harden
Durée : 1h25
Date de sortie : 05 mars 2008

Présenté au dernier festival du film américain de Deauville (il est reparti avec le Grand Prix), The Dead Girl ressemble peu ou prou à la version expurgée d'une série télévisée dans le sillage de Six Feet Under dont le discours se révèle similaire: célébrer la vie en traitant ouvertement de la mort. A l'heure où la superficialité prend le pas sur l'essentiel, ce discours extrêmement contemporain sur le sens de la vie tend à rassurer. Mais ce qui fonctionnait magistralement sur plusieurs saisons au gré de rebondissements subtils et à travers des personnages familiers et complexes trouve son émotion et son impact amoindris sur une durée plus limitée (seulement une heure trente). C'est là où le bât blesse: l'intrigue de The Dead Girl est prometteuse mais exploitée avec si peu de nouveauté face à une concurrence rude qu'elle donne l'impression d'une bonne idée partiellement gâchée. Sans doute l'idéal aurait été de voir cette même histoire déclinée en plusieurs épisodes pour utiliser toute sa substance.

Heureusement, faiblesse rime ici avec fragilité. La construction du scénario s'avère proche du film choral avec différents personnages qui alimentent avec leurs sensibilités un même enjeu dramatique. Ce qui peut faire peur puisque ça évoque par des liens très étroits le si démago Collision, de Paul Haggis - qui avait bluffé tout le monde en son temps avant d'être déprécié à sa juste valeur. On peut tiquer sur le même opportunisme déplaisant mais ne pas retrouver la même prétention moralisatrice. Cette humilité provient certainement du fait que les personnages sont minutieusement croqués et participent pleinement à l'intrigue en apportant leur point de vue simple en contrepoint à une atmosphère glauque savamment distillée et en exprimant juste des sentiments universels sur le désir, les intuitions ou les frustrations. L'intérêt de ce film exclusivement féminin ne réside donc pas dans l'enquête policière mais dans la psychologie secrète de ses desperate wife consumées par leurs peurs. Le rythme, lymphatique, favorise idéalement l'introspection mélancolique. Sans atteindre le niveau cérébral d'un Antonioni qui en son temps en disaient plus long sur l'identification des femmes, Karen Moncrieff s'aventure sur un registre plus ludique. Les cinq femmes sont unies par la même solitude (on ne parle plus de "dead girl" mais de "dead girls") mais ressemblent à des fleurs en pleine éclosion qui, en enquêtant ou en se confrontant à des événements qu'elles ne maîtrisent pas, se mettent à (re)vivre. Cela s'exprime la plupart du temps à travers la sexualité, le rapport aux autres, l'oppression, la culpabilité, l'abnégation de soi ou l'amour fou.

Parce qu'elles sont toujours en mouvement ou en quête de stimulation, leurs préoccupations quotidiennes ou existentielles ne manquent jamais d'intérêt. C'est le point positif du film qui visiblement aime ses personnages et donne envie de les aimer. Comme dans The Blue car, son précédent long métrage, récit d'une histoire d'amour anecdotique entre un professeur et son élève traitée sur un mode plus dépressif que primesautier, Karen Moncrieff charrie différentes humeurs et s'adresse à son public en termes purement affectifs avec une capacité particulière pour intriguer ou émouvoir. Sa caméra, cruelle mais douce, ne cloue (presque) personne au pilori. Elle transfigure les visages marqués (ceux qui traduisent le vécu) et traduit beaucoup de choses indicibles dans un langage visuel séduisant. La fluidité est juste troublée par des transitions maladroites. Le casting fédérateur qui regroupe un nombre considérable d'acteurs connus y est également pour beaucoup. Si les hommes servent de déclencheurs dramatiques (Giovanni Ribisi, James Franco, Nick Searcy et Josh Brolin), les femmes (Toni Collette, Rose Byrne, Piper Laurie, Brittany Murphy, Mary Steenburgen et Marcia Gay Haden) incarnent les vacillements de leurs personnages avec une sincérité émotionnelle qui sonne juste.
Romain Le Vern
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