"Avis aux (jeunes) éditeurs: ce beau film, bancal mais terriblement attachant, révèle de beaux fragments mélancoliques qui touchent intimement et demeure malheureusement toujours inédit en zone 2."

Difficile de mettre la main sur cette curiosité interdite aux moins de seize ans en son temps, nourrie de sous-entendus et incroyablement audacieuse pour l'époque. Aujourd'hui, il serait impensable - pour ne pas dire inconscient - de proposer un film comme Marie Poupée, au grand risque de se faire museler par ceux qui prétendent agir au nom d'une morale. Involontairement ou non, déjà à l'époque, l'expérience a coûté cher à son cinéaste (le courageux Joël Séria) qui a plus marqué l'inconscient collectif pour ses comédies teintées de gravité (Les galettes du Pont Aven) et moins pour ses objets intimistes (Mais ne nous délivrez pas du mal, encore trop méconnu et sorti en zone 2 l'année dernière dans des conditions déplorables). De manière très sommaire, Marie Poupée raconte comment un vendeur dans un magasin de poupées (André Dussollier, dans l'un de ses premiers rôles), englué dans la solitude nue et la poisse sentimentale, va faire la rencontre d'une jolie demoiselle (Jeanne Goupil), nouer avec elle une relation intense et progressivement la considérer comme une poupée de porcelaine. Tel quel, il s'agit d'une histoire d'amour tordue, aux relents fantastiques, que n'aurait probablement pas renié un provocateur comme Ferreri. Sauf qu'à l'époque, Séria, réduit dans une case, n'a pas la côte d'un Ferreri.

Il a écrit ce film "délicat" et pourtant viscéralement romantique avant Les Galettes de Pont-Aven en attendant le moment propice pour le réaliser. Souvent réduit au portrait d'un beauf obsédé par le cul des femmes (ce qu'il est partiellement), ce classique de la comédie française devait être réalisé en 1974. Mais Jean-Pierre Marielle, acteur fétiche du réal qui avait déjà fait une prestation mémorable dans le précédent Charlie et ses deux nénettes, n'était pas disponible (il venait de commencer le tournage de Que la fête commence, de Bertrand Tavernier). Entre temps, Séria utilise ce temps perdu pour écrire Marie Poupée. A l'origine, c'est une déclaration d'amour fou à Jeanne Goupil, muse inspiratrice de Séria, qu'il a rencontrée grâce à Shadow, premier court-métrage de huit minutes en noir et blanc sur un boxeur (sport qu'il connaît pour l'avoir pratiqué). Lors d'un festival, il rencontre un collègue metteur en scène à qui il parle de son premier long métrage (Mais ne nous délivrez pas du mal) et le met sur le chemin de Goupil: "Elle n'était pas comédienne, elle avait fait les arts décos et participé au jury 20 ans avec Michel Simon et Laurent Terzieff. Quand je suis rentré sur Paris, je lui ai téléphonée, je l'ai rencontrée, on a parlé et j'ai vu d'autres comédiennes entre temps. Un jour, comme le projet se précisait, je l'ai contactée de nouveau. Je savais qu'elle n'était pas comédienne mais je lui ai fait lire le texte. Elle finissait ses phrases en l'air; pour moi, ce n'était pas un problème."
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