

Crachons le morceau immédiatement: The Mist est l'une des meilleures nouvelles de ce maigre mois de février au cinéma. Et pour cause: au rayon des séries B qui s'assument, on tient rien de moins qu'une nouvelle référence du genre. A priori, ce n'était pas gagné tant le programme scénaristique ressemblait au prime abord à un vilain épigone qui faisait mimine de réciter paresseusement des formules (un peu de Silent Hill, une bonne lampée de The Fog) et ravivait au passage de bien mauvais souvenirs Kingiens (qui se souvient encore de Dreamcatcher, le remake US de La soupe aux choux?). Oubliez. A l'heure où les faiseurs actuels ne pensent qu'à copier les dernières bonnes idées de leurs confrères et autres prédécesseurs, Darabont a essayé de construire - et de conduire - un récit sous tension qui transcende des bases éprouvées. Ne pas s'offusquer donc si Darabont revendique dès le début l'héritage encombrant de John Carpenter (un clin d'oeil à The Thing): ce n'est qu'un leurre. Un beau piège habilement tendu pendant une longue première partie où les personnages semblent taillés dans le marbre manichéen et les situations, évoluer de manière terriblement convenue. La surprise de ce qui va succéder n'en sera que plus intense et délicieuse. La première vient de Darabont himself, artisan doué mais académique que l'on avait trop tendance à résumer à un cinéaste bankable qui cherchait par-dessus tout à policer les scènes hard, à chopper le maximum de statuettes dorées et à faire pleurer toute la famille devant des histoires vaguement humanisantes. Avec The Mist, il prend un risque considérable en ne lésinant pas sur les effets gores, en travaillant une mise en scène plus alerte et en ne cherchant pas à caresser dans le sens du poil.

Probable que son passage par la réalisation d'un épisode de The Shield ait changé ses intentions: il a quasiment repris la même équipe sur The Mist et peaufiné une nouvelle grammaire cinématographique (caméra à l'épaule, cadres serrés, recours aux zooms) qui ne constitue pas son atout le plus sûr. En réalité, les fantasticophiles avertis seront ravis de ce virage radical vers le pur «film de genre». Pour beaucoup d'entre eux, ce ne sera qu'un juste retour des choses pour celui qui a commencé comme scénariste sur Freddy 3, les griffes du cauchemar (plutôt estimable dans la catégorie des sequel), The Blob (remake devenu classique), La mouche 2 (objet grand-guignolesque qui doit beaucoup à cette scène larmoyante et si efficace où le héros palot retrouve son chien mutant hurlant de détresse). Et, ne l'oublions pas, collaboré à l'écriture du Frankenstein, de Kenneth Branagh. Beau parcours. La fascination pour The Mist remonte à loin lorsqu'il découvre le roman au début des années 80: "Cela fait plus de vingt ans que j'essaye de mettre en scène cette histoire. A l'époque, je ne m'étais pas encore fait un nom dans le milieu, je ne connaissais personne. Mais je me souviens qu'après avoir lu l'histoire, je voulais absolument mettre en images ce que j'avais ressenti pendant la lecture. Au moment d'écrire le troisième épisode de Freddy, j'éprouvais carrément l'envie de passer à la mise en scène. Le seul problème, c'est que je ne savais pas comment. J'avais seulement réalisé un court métrage lorsque j'avais la vingtaine et je m'étais inspiré d'une histoire de Stephen King - ses univers m'ont toujours stimulé. J'étais assez fier du résultat et cela m'a donné envie de continuer à progresser. C'est dans ce domaine fantastique que je me sens le plus prospère. Avant de réaliser Les Evadés, je me souviens avoir longtemps hésité entre deux adaptations de Stephen King: Les Evadés et The Mist. J'ai finalement choisi Les Evadés. Sans doute parce qu'à ce moment-là, j'étais plus enclin à raconter cette histoire-là. De toute manière, je ne vais pas mentir: si je ne devais faire qu'une seule adaptation de Stephen King, j'aurais choisi sans l'ombre d'une hésitation Les Evadés, une histoire qui me touche au plus profond. Et avec le recul, je pense judicieux d'avoir réalisé Les Evadés en premier et d'avoir attendu pour The Mist. A l'époque, je n'aurais certainement pas bénéficié d'une telle technologie. Je voulais impérativement que le film soit hybride, à la fois oldschool et moderne dans son traitement."
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