
Kevin Dutot 8
JOHN-JOHN
Foster Child
Un film de Brillante Mendoza
Avec Cherry Pie Picache, Eugene Domingo, Jiro Manio...
Durée : 1h38
Date de sortie : 27 février 2008

Dans un quartier pauvre de Manille, Thelma est chargée par un service social local d'élever des enfants abandonnés avant leur adoption officielle. Aujourd'hui, John John, le dernier enfant gardé par Thelma, doit être remis à ses parents adoptifs américains. A mesure que la journée passe, chaque moment avec le petit garçon devient de plus en plus précieux.
Il existe des films aussi discrets que bouleversants, ne cherchant jamais à traquer la larmichette du spectateur mais qui arrivent cependant à nous toucher intensément. C'est le cas de John-John, le nouveau film de Brillante Mendoza, qui suit la dernière journée d'un gamin de trois ans avec sa nourrice. Porté par une comédienne véritablement époustouflante, réalisant chaque geste avec une énergie et un naturel rares au cinéma, elle se prend littéralement d'amour pour son rôle et ce petit enfant qu'elle quitte un peu plus à chaque minute... D'une esthétique proche du documentaire, avec un cinéaste prêt à s'asseoir à la même table que les protagonistes pour nous faire partager leurs repas, leurs vies et leur quotidien, le film se penche sur des instants de vie qui se prolongeront longtemps après la projection. C'est le cas notamment d'une longue séquence où Thelma lave le petit garçon en pleine rue, entourée de bassine d'eau et d'enfants qui jouent au football. Simple et d'une beauté singulière, inhabituelle...

Le film étonne par sa capacité à tenir une véritable tension dramatique agrémentée d'effets comiques pudiques et intelligents à l'image d'une scène de salle de bain où les émotions se confrontent, se chevauchent et créent une étrange ambiance quasiment palpable. A suivre au plus près cette femme, on commence peu à peu à cerner le moindre de ses regards, de ses gestes et appréhendons toujours plus l'instant où son plein d'energie se fera rattraper par la terrible déchirure qu'elle est en train de vivre... La rencontre avec les parents adoptifs américains, entre condescendance et fausse gentillesse, marque une terrible rupture avec la première partie du métrage. Quand le naturel régnait en maître tout au long du métrage, que nous ne savions jamais si le film nous projetait de véritables instants volés ou de purs moments de fiction, Brillante Mendoza trace un portrait ambigu de cette famille américaine dont le désir d'avoir un enfant ressemble à l'envie d'acquérir un nouveau jouet. Sans forcer le trait, Mendoza réussit néanmoins à dessiner le fossé culturel et social et la place d'un enfant de trois ans dans ces deux environnements si différents...

Les plus sensibles vivront le métrage comme une véritable blessure mais difficile de ne pas apprécier l'amour et la générosité qui se dégagent de ce petit film aux allures bonhomme. C'est délicat et simple, une vraie peinture sociale digne des études les plus sérieuses sur les populations peu aisées aux Philipinnes mais le film n'est jamais ennuyeux, toujours envoûtant, jamais moralisateur, toujours ouvert à la beauté du quotidien... Bref, un instant suspendu des plus enchanteurs et poignants.
Kevin Dutot
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