
MARC FORSTER : LE REALISATEUR AUX MILLES VISAGES
Tout sur LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL - La Critique - Photos - Le 2008-02-14 05:55:01
LA RENCONTRE
Marc Forster fait connaissance avec le grand public en 2001 avec son troisième long-métrage, A l'ombre de la haine, récompensé aux oscars pour la prestation de Halle Berry dans le rôle de Leticia, jeune mère de famille meurtrie par le décès de son mari en prison. Décidée à épargner son fils obèse de la souffrance du quotidien, la comédienne fait état d'un talent insoupçonné et d'une force dramatique bouleversante qui lui offrira la statuette tant convointée. Révélé pour un film aussi inattendu qu'original, Marc Forster commence à se faire un nom et à se dire que la patience est bien une qualité à developper... Etudiant à l'université de cinéma de New york de 1990 à 1993, cadet d'une famille où trois frères se disputent la part du lion, Marc Forster n'est pas un simple faiseur dont le seul intèrêt est le profit et le box office. Il décline en effet, à la sortie de ses études, une offre à 500 000 $ de peur d'entâcher sa réputation et par manque de foi dans un scénario qui ne méritait pas de s'y atteler. S'il débute avec la télévision et un téléfilm de facture inégale avec son ami français, Sebastian Roché, Marc Forster témoigne d'un talent étonnant dans un premier long métrage de cinéma original et évocateur, Everything Put Together. Avec Radha Mitchell en tête d'affiche, le film raconte l'histoire d'une grossesse particulière et du drame de la perte d'un enfant. Si le film ne convainc pas toujours, il y a néanmoins dans cet ouvrage la volonté de réaliser un véritable film d'auteur aux ambitions bien présentes mais maladroites. C'est donc en 2001, aux côtés de Billy Bob Thornton, Halle Berry et Heath Ledger, que Marc Forster fait parler de lui et tente une première percée dans l'univers hollywoodien. C'est le succès... à la fois public (inattendu) et critique. Le film n'est pas un chef d'oeuvre mais semble assez en marge des productions calibrées de la même époque pour attirer et mériter une intention particulière. La direction d'acteurs épate, la mise en scène intrigue, le film arrive à émouvoir et le résultat passe au-delà des espérances. Bref, tout s'accélère pour Marc Forster, qui devient le temps d'une cérémonie un réalisateur à part entière et un nom... Ce qui n'est pas rien ! A l'ombre de la haine, s'il n'a pas été énormément vu ni même grandement mis en valeur lors de sa sortie en France (ou en Europe) aura eu le mérite de donner à Marc Forster un titre de noblesse que jamais ce jeune allemand n'aurait imaginé...

LES PREMICES DE LA GLOIRE...
La rencontre avec Johnny Depp et Kate Winslet sera décisive pour le cinéaste. Lorsqu'en 2004, il tourne le mélodrame fantasmagorique, Neverland, qui raconte le processus de création du dramaturge J. Matthew Barrie (l'auteur de Peter Pan), Marc Forster décide d'apposer à son cinéma une dimension nouvelle... Histoire de créer une marque de fabrique, le film est réalisé de manière assez classique avec cette facture étonnante à mi-chemin entre le cinéma fantastique et le drame social. Sans prétendre créer une oeuvre révolutionnaire, le réalisateur prend les rênes d'un film respectant les règles du mélodrame tout en insinuant ce zeste d'onirisme insuflant au film cette originalité et cette liberté tant désirées dans le cinéma américain. Les comédiens apportant cette pointe de spontanéité, le film prend son envol lors d'instants inattendus et prend, pour certains spectateurs, une ampleur inespérée pour ce type de production... Marc Forster commence à tourner avec de grandes stars, à travailler pour des studios importants et influents, Miramax pour l'occasion et commence concrètement à réaliser le rêve de tout cinéaste en herbe. C'est donc en suivant une certaine logique que Forster démarre le tournage de Stay en compagnie de Naomi Watts et Ewan McGregor. Thriller, film fantastique, rêve éveillé, le film n'apprend jamais à se ranger dans une catégorie, ni même à prendre un parti-pris concret permettant au spectateur de s'y retrouver. Mais c'est cependant à cette même période que le cinéaste commence à intriguer... Qui est donc ce jeune cinéaste passant d'un genre à l'autre avec une aisance déconcertante et des facilités enviables ? Marc Forster pose la question du faiseur de qualité et interroge les cinéastes de tous pays sur la notion de yes-man. Faut-il définitivement condamner ce type de travailleurs stakhanovistes qui ont parfois, mine de rien, cette ambition particulière et exclusive leur permettant d'offrir aux spectateurs une oeuvre personelle, sous couvert de la protection d'une major ?
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