
DEUX JOHN LENNON, SINON RIEN
Tout sur LES U.S.A. CONTRE JOHN LENNON - Photos - Le 2008-02-14 06:09:01
LES USA CONTRE JOHN LENNON
Réalisation: David Leaf, John Scheinfeld
Avec John Lennon, Yoko Ono
Date de sortie: 16 avril 2008
CHAPITRE 27
Réalisation: Jarrett Schaeffer
Avec Jared Leto, Lindsay Lohan, Ursula Abbott
Date de sortie: 23 avril 2008
Avec son titre imprécateur qui annonce la couleur - sombre - du documentaire, Les USA contre John Lennon, du duo David Leaf et John Scheinfeld, décortique les menaces pesant sur les épaules et l'esprit du membre des Beatles au début des années 70 et s'étend idéalement de 1966 à 1976. En somme, il montre "comment un Président et son administration ont utilisé la machinerie gouvernementale pour mener une guerre secrète contre un musicien très populaire". Au commencement, nous sommes en pleine guerre du Viêt-nam: les manifestations orchestrées par les protestants anti-guerre, les militants des droits civils, les groupuscules et la "nouvelle gauche" soutenue par d'autres mouvements politiques, surabondent partout aux Etats-Unis. Le gouvernement américain dirigé par Nixon s'en contrefout et préfère traquer ceux qui s'opposent au système à travers des opérations douteuses d'espionnage et d'écoute. Au même moment, John Lennon ne porte plus la coupe au bol et plaide pour la paix dans ses chansons. Comprendre qu'il n'incite pas son public à prendre les armes et à aller défourailler le pays ennemi. Le gouvernement perçoit cette menace pacifique comme potentiellement dangereuse. Lorsqu'on évoque John Lennon aujourd'hui sous une pluie de dithyrambes, on oublie de préciser à quel point cette unanimité ne fut pas immédiate (comme pour tout grand artiste qui se respecte). Cet engagement politique n'a pas fait que des heureux et bien failli griller la carrière de l'idole. Face aux pressions, Lennon provoque par la surenchère, abuse des médias, concilie création artistique et engagement politique, grossit avec sa copine Yoko Ono sa liste d'ennemis et s'acoquine avec de francs rebelles. Voilà l'histoire d'un engagement comme on n'en voit pas souvent et qui nécessitait bien entendu un documentaire à la hauteur du mythe. Et soyons clairs: s'il est savamment illustré, joliment mis en musique, efficacement monté et vaguement didactique, le résultat paraît un tantinet superficiel. Même si notable.

Les deux documentaristes (David Leaf et John Scheinfield) ne déméritent pas pour autant: ils puisent leurs arguments dans des images d'archives amplifiées par la bande-son et quelques révélations stimulantes sortant de la bouche de Yoko Ono, des activistes afro-américains (Angela Davis et Bobby Seale), d'écrivains historiens (Gore Vidal) mais aussi - et c'est peut-être ce qui est le plus passionnant - de représentants de l'administration Nixon. Grâce à eux, l'état de paranoïa se justifie. Pas étonnant au passage que Leaf et Scheinfield ait réussi à vendre leur documentaire à Lions Gate seulement après le 11 Septembre (le projet sur John Lennon datait des années 90). En allant et en venant des années 70 à nos jours, Les USA contre John Lennon - et non pas John Lennon contre les USA, nuance considérable - cherche à faire un parallèle entre la guerre du Viêt-nam et celle en Irak et assure qu'aujourd'hui les jeunes n'ont plus aucune utopie collective. Conclusion: est-ce qu'à force d'écouter du Tokio Hotel ils n'ont plus envie de se révolter contre les horreurs de ce bas monde? Est-ce qu'écouter John Lennon rend moins con? Peut-être deux fois oui. Mais n'est-ce pas plutôt parce qu'à l'époque il y avait une illusion de naïveté peace and love et qu'aujourd'hui tout le monde voue un culte au cynisme? Bonne question. Que le documentaire élude plus ou moins pour ne pas déborder de son sujet déjà dense. Tel quel, Les USA contre John Lennon ressemble à un bel exposé pédago pour la jeune génération qui se rendra compte qu'une ancienne vague n'avait pas peur d'imagine the world. Du travail scolaire donc mais bien exécuté.
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