
PUNCH DRUNK BLOOD : LE CINEMA US EN 2008 AU SOMMET
Tout sur THERE WILL BE BLOOD - La Critique - Photos - Le 2008-02-14 07:28:17PAUL THOMAS ANDERSON
Age: 38 ans
Antécédents: Hard Eight, Boogie Nights, Magnolia, Punch Drunk Love
Le choc: There will be blood (27 février 2008)

Succombons aux délices du dithyrambe: There will be Blood est la pépite dorée qui devrait marquer votre parcours de cinéphile cette année (voire les années prochaines). Spécialiste des scènes issues de nulle part et des mélodies solitaires, Paul Thomas Anderson, cinéaste qui a grandi à Laurel Canyon - non loin de la maison où John Cassavetes a tourné Love Streams, son dernier long métrage - rappelle envers et contre tous qu'il est capable du meilleur. Et d'embarquer dans un beau cauchemar susceptible d'hypnotiser les plus réfractaires à son cinéma. Après avoir rendu un hommage explicite à Scorsese (Boogie Nights), bouleversé les codes de la chronique polyphonique fomentés par feu Altman (Magnolia) et réalisé une fantaisie mélancolique touchée par la grâce (Punch, Drunk, Love), il signe avec There will be Blood son oeuvre la plus fiévreuse et la plus inclassable, débarrassée des ombres tutélaires de ses précédentes fictions. En surface, une adaptation du roman Oil, de Upton Sinclar qui raconte comment un ouvrier pauvre devient magnat du pétrole en partant de rien (Daniel Day Lewis, immense en loup prédateur dans un monde d'agneaux). En substance, à travers cet itinéraire de Rockefeller, se construisent des lignes de fuite: une réflexion sur la fascination de l'Ouest et un combat tendu entre le bien et le mal où s'adossent foi altruiste et capitalisme, bonté et cynisme. Passée une introduction magistrale où le cinéaste use d'un art consommé de l'ellipse, convoque des violons déglingués et laisse parler la puissance de ses images, le film révèle sa densité à travers une intrigue complexe contenant tous les sujets chers au cinéaste (relation père/fils, importance de l'évangélisation, flux sensibles de l'amour). Programme lourd sur le papier. Programme hallucinant de fluidité et admirable de cohérence à l'écran où quasiment chaque plan est porteur d'une idée de cinéma.

Paul Thomas Anderson montre, il n'a pas besoin de dire et capte ce que l'oeil humain ne voit pas. Surtout, il raconte l'histoire d'un homme condamné à courir dans le noir. Le film alterne tensions et respirations sans scories ni affaiblissements. Comme dans tous les grands films américains, la richesse thématique est indissociable de la maîtrise formelle. La narration obéit à un rythme sidérant et bénéficie d'une mise en scène incroyablement brillante qui refuse les coquetteries esthétisantes pour toucher au plus profond. Qu'il s'agisse de filmer la charpente menaçante d'un derrick en bois, le pétrole qui jaillit du coeur de la terre, le retour d'un frère fantomatique ou l'abandon d'un enfant, PTA fait montre de la même virtuosité éclatante en faisant appel à la sensibilité et à l'intelligence du spectateur. Cinéphile maniaque, le metteur en scène rend hommage, en passant, à quelques glorieux anciens. Mais les références (Scorsese et Kubrick en ligne de mire) ne perturbent jamais le récit: elles servent la dynamique folle de cette oeuvre intransigeante que l'on montrera probablement un jour dans les rétrospectives consacrées à l'histoire de l'Amérique vue par ses enfants colériques, quelque part entre Le parrain de Francis Ford Coppola, Il était une fois en Amérique de Sergio Leone et La porte du paradis de Michael Cimino. C'est dire la puissance de There will be blood, chef-d'oeuvre dont on n'a pas fini d'épuiser les beautés.
















































