

On a découvert Lee Kang-Sheng en tant qu'acteur chez le réalisateur Tsai Ming-Liang. Vous savez, ce magnifique sculpteur d'âmes tristes, responsable des plus beaux films vus ces dernières années (prière de découvrir au plus vite des sésames comme La rivière ou Et là-bas quelle heure est-il?). Un pendant asiatique d'Antonioni qui a pour habitude de composer des récits simples et déchirants où des personnages de rien, paumés dans les mégapoles grouillantes, cherchent l'amour et la flamme qui réveillera leurs désirs trop longtemps assoupis. Cette année, on a eu droit à une énième collaboration entre ce réalisateur amoureux et son acteur fétiche dans I don't want to sleep alone, récit somnambulique et atmosphérique d'un malaise en Malaisie où le napalm brûle dans les veines et la malaria tue. Et comme dans tous les Tsai, la mécanique curieuse du désir a son mot à dire. Peu étonnant donc qu'elle soit au centre de ce Help me Eros où Kang-Sheng ne se contente pas de jouer. Il réalise aussi, tout seul, comme un grand. Un second essai après le peu ou pas vu The Missing en 2003. Tsai Ming-Liang, lui, produit et regarde avec bienveillance les efforts - louables - de son disciple appliqué. Mais attention, il ne faut pas ôter de son esprit que Help me Eros est un brouillon qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un précipité existentiel made in TML. Est-ce honteux pour autant ? Non. Il y a tout d'abord un beau regard sur des hommes et des femmes refroidis par la méchanceté et effrayés par le contact humain. L'anecdote veut qu'aujourd'hui les gens ne regardent plus ceux qui sont autour d'eux (peur de souffrir à nouveau) et préfèrent reluquer l'écran de leur ordinateur pour tchater.

Histoire de tuer le temps qui reste à vivre et peut-être, si les miracles se produisent, trouver l'âme soeur. Les plans sont fixes ; les personnages, prisonniers des cadres ; le rythme, extrêmement lent et les événements se succèdent parfois de manière incongrue voire aléatoire. On aurait dû s'en douter : l'important n'est pas de suivre une intrigue linéaire mais de ressentir toutes les choses bizarres et indicibles qui animent les vous et moi frustrés de la vie de tous les jours. Une once de noirceur supplémentaire, et on basculait dans le tableau uniforme d'une humanité entière qui souffre (toi aussi, derrière ton écran d'ordinateur) et la tragédie pathétique relevée de pathos. On y échappe. Presque.
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