Ils nous font rire ou pleurer, révélant ce qu'il y a de plus intime en chacun de nous. Les acteurs sont capables lorsqu'ils transcendent leurs rôles, de sublimer n'importe quelle oeuvre et entrent ainsi subitement dans une autre dimension, au-delà de la simple interprétation, ils deviennent le personnage, lui donnant vie pour toujours à l'écran et dans nos mémoires. Nos rédacteurs confient ici leurs plus beaux souvenirs...
ROBERT DE NIRO - Raging Bull
Martin Scorsese est sur un lit d'hôpital, affaibli par une violente crise d'asthme, lorsque
Robert de Niro lui présente le scénario de
Raging Bull. L'acteur en veut. Jack La Motta, c'est lui. Alors Bob se muscle et part même en Italie et en France prendre 30 kilos de graisse en 4 mois pour les besoins de la fin du film. Au delà de la performance physique emblématique de l'Actor Studio, il y a cette rage animale dans les yeux de l'acteur et une violence qui peut surgir à tous instants. Il se permet même une réplique culte "You fuck my wife" dans un face à face improvisé avec
Joe Pesci. Du ring et ses crépitements de flashs à la salle enfumée d'un bar où les clients applaudissent ses vannes, De Niro étincelle. Ce n'est pas seulement un combat sportif, c'est également celui que le personnage mène contre sa paranoïa et ses pulsions autodestructrices. "I'm the Boss, I'm the Boss, I'm the Boss" répète t'il avant d'entrer en scène, ultime round de la vie d'un beau parleur, bon boxeur, mauvais mari. Le taureau du Bronx est lâché dans l'arène du vice, de l'argent et de la rédemption : "He's the Boss".
HARVEY KEITEL - Bad Lieutenant
Harvey Keitel est un des plus grands acteurs que le cinéma ait porté. Que ce soit chez Angelopoulos et
Le Regard d'Ulysse ou pour
Abel Ferrara, l'acteur a souvent été jusqu'au bout dans l'interprétation. Dans
Bad Lieutenant, il a donné un nouveau sens au jeu, en faisant du lieutenant à la descente aux enfers oniriques un paumé qui transpire la misère existentielle. Keitel use la nuit jusqu'à ce qu'elle crève dans le caniveau, tentant désespérément d'expier ces démons intérieurs et de régler ses dettes. Tout est pourtant trop lourd et le lieutenant se balance un peu de blanche en intraveineuse, histoire d'échapper à la folie, histoire de se sentir une dernière fois vivant. On dit qu'
Harvey Keitel s'est véritablement drogué pendant les 18 jours de tournage. Son pote Ferrara a dû se faire plaisir au passage. Keitel incarne la justice comme on pisse sur une tombe. Sa prestation n'en finit plus d'exploser au visage du spectateur. Assurément son plus grand rôle.