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CINE : PLOY

CINE : PLOY

Tout sur PLOY - galerie de photos - Le 2008-02-19 15:20:13


    Le cinéaste thaïlandais Pen-ek Ratanaruang oublie l'exercice de style partiellement convaincant des Vagues Invisibles pour nous raconter une histoire totalement différente qui s'inscrit dans le même style vaporeux et mélancolique (clairs-obscurs, décors minimalistes, échos lointains, effets de boucles, ellipses temporelles, plans flous, personnages troubles, événements énigmatiques, atmosphère fantasmatique oscillant entre rêve et réalité). Ici, l'harmonie d'un couple est ébranlée par l'arrivée de Ploy, une jeune femme qui sème doute, mystère et désir autour d'elle. C'est l'élément perturbateur de ce drame subtil et brûlant, à la lisière du fantastique, qui célèbre la naissance de l'amour, sonde sa mort. Et peut-être sa renaissance.

PLOY
Un film de Pen-ek Ratanaruang
Avec Lalita Panyopas, Pornwut Sarasin
Durée : 1h47
Date de sortie : 09 avril 2008

ploy

Ploy, c'est le prénom d'une jeune femme de 19 ans, qui a quitté Stockholm pour Bangkok afin de retrouver sa mère. Elle traîne sa silhouette alanguie, écoute de la musique, fume des clopes et croise au bar d'un hôtel le regard perdu d'un homme. La femme d'icelui développe une névrose maladive autour de cette rencontre. La simple présence de la demoiselle réveille des tonnes de choses endormies: le démon de midi du monsieur, la jalousie de madame. Drame d'un couple, englué dans la litanie des jours qui passent. A quelques chambres de là, dans le même hôtel, une autre histoire prend forme. Celle d'un barman qui retrouve une femme de chambre avec qui il ne va chercher qu'à prendre du plaisir en jouissant de caresses. Loin des autres, loin de tout. Ploy, c'est donc le titre du sixième long métrage du réalisateur thaïlandais Pen-ek Ratanaruang dont on attend toujours qu'il signe son grand film depuis Monrak Transistor et Last Life In the Universe, frêles opus qui auguraient de beaux lendemains. Et avouons-le: ce film-ci, mû par la simplicité, n'en a clairement pas l'intention. Il n'a rien d'un aboutissement ou d'une révélation. Alors la question se pose: ce cinéaste que l'on a toujours soutenu serait-il en perte de vitesse pour cause d'académisme galopant? Même pas. C'est juste que sa dernière production, distordue et aérienne comme un songe, ne cherche pas à prouver quoi que ce soit et se met totalement au service de ses personnages, de leurs sentiments anxieux et de leurs humeurs contradictoires. Point barre.

ploy

Un film minuscule donc qui prend la forme - un peu éprouvée - d'une autopsie de couple en crise avant l'abandon vers la passion et une sérénité enfin trouvée. Il adopte un rythme de croisière à la fois lent, solennel, sensible. Jamais désagréable. Reposant sur un clivage binaire que certains trouveront schématique voire prévisible (le vieux couple pour la mort du désir; le jeune pour sa naissance), Ploy est toujours à deux doigts de tomber dans tout ce que l'on déteste. A savoir la caricature du mauvais film d'auteur. Les cinq premières minutes suffisent à rassurer. Toute l'action se déroulera dans un hôtel luxueux, refuge méta et physique, espace-temps polymorphe aux contours aléatoires. Le seul regard provenant de l'extérieur, c'est celui du spectateur qui se noie dans cette ivresse collective avec une certaine excitation, en disséquant les menues passions et en espérant trouver là des lambeaux de son existence. Ce film simule la distance et l'étrangeté pour nous parler - on devrait dire "murmurer" - au plus près, au plus juste. Pour un peu, on pense à un croisement entre les univers de Antonioni, Wenders et Wong Kar-Wai. Sans doute parce qu'on retrouve cette mélancolie qui presse l'âme, ce goût de l'exil intérieur et surtout cette radiographie déchirante de ce qui se passe lorsque le coeur ne bat plus. Mais au-delà des héritages, entre les halos de fumées, les corridors de fantasmes et les secrets d'alcôve, cette balade immobile s'inscrit dans le prolongement atmosphérique de Vagues Invisibles, avant-dernier film de Pen-ek Ratanaruang qui en dépit de quelques trouvailles nous avait passablement déçu à force de se croire au-dessus de son sujet et de jouer la carte du mystère jamais mystérieux. Ici, le mystère a sa raison d'être et le désir, raison de se laisser désirer.

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