

Un film dans lequel on peut voir une grenouille géante danser le twist ne peut pas être foncièrement mauvais. Et encore il serait fastidieux de détailler tout ce que l'on retrouve dans Forbidden Zone où toutes les audaces semblaient possibles. Parmi ceux qui le portent au pinacle depuis toujours, on compte Tim Burton qui a toujours confessé avoir puisé ici une bonne part de son imagination débridée. Peu étonnant: on retrouve tous les germes de la culture freak dans ce conte onirique shooté à Rod Serling qui essaye pour de rire de reprendre la structure de Alice aux pays des merveilles sans essayer d'atteindre son illogisme vertigineux et Kafkaïen. Le projet est né au moment où Richard Elfman revient gonflé à bloc dans le Los Angeles de son enfance après de longs vagabondages avec Jérôme Savary et sa troupe du Grand Magic Circus. Le casting ressemblant à un défilé de freaks du cinéma US est représentatif de l'état d'esprit dans lequel il a été crée: Susan Tyrrell que l'on reverra par la suite dans La chair et le sang et Cry Baby; Joe Spinell, second couteau indispensable de la série B (Maniac, de William Lustig); ou encore Hervé Villechaize, connu pour ses prestations dans la série L'île fantastique). Le reste est composé de membres de l'équipe (inoubliable Danny Elfman en diable) et surtout les Mystic Knights Of Oingo Boingo, troupe de Elfman composée de douze acteurs musiciens qui étaient connus jusqu'ici pour fomenter des reprises de chansons populaires. Leur présence - étrange - était indiscutable. Tout simplement parce qu'ils sont à l'origine, eux aussi, de Forbidden Zone.

Au départ, Richard Elfman a filmé en 16mm une dizaine de numéros musicaux pastichant le jazz ou la culture juive. Ces numéros étaient interprétés par la troupe et il les a regroupés sous le titre The Hercules Family. Au fil du travail, il a décidé de réaliser un long en 35 dont la structure s'apparenterait à une succession approximative mais cohérente de sketches musicaux mis les uns à la suite des autres, basées sur les concepts des courts. Petit à petit, une histoire a pris forme. Celle d'une famille barrée qui emménage dans une maison dont la cave possède une entrée vers la cinquième dimension (baptisée par les personnages «zone interdite»). La fille bimbo qui revient à peine de ses études en France (Marie-Pascale Elfman, régal de personnage Arielle-Dombasldien) profite de l'occasion pour la visiter et rencontrer tout un univers loufoque et festif régi par le roi Fausto (un nain) et la reine Doris (une névrosée autoritaire). Bien entendu, l'histoire n'est qu'un prétexte pour accumuler les situations rocambolesques en apposant des morceaux de comédie musicale. Le principe n'est pas sans évoquer The Rocky Horror Picture Show - avec lequel il ne partage pas tant de points communs - et finalement Charlie et la Chocolaterie, que beaucoup qualifiait à sa sortie de Rocky Horror Picture Show pour les enfants. Sauf que contrairement à ce qui se produisait dans le Burton, il émanait de Forbidden Zone un vrai éloge de la marginalité enchantée et un vrai amour pour ceux qui refusent d'appartenir aux normes. Pour un peu, le film de Elfman est l'anti-Charlie et la chocolaterie et, incontestablement, notre coeur balance plus d'un côté que de l'autre.
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