Dans
Freaks de
Todd Browning, le cinéma approchait avec tendresse les « monstres », des saltimbanques difformes pour la première fois présentés du côté de leur humanité et pas comme des phénomènes de foire. Il ne s'agira donc pas ici de prendre de précautions de langage, ces périphrases ridicules pour décrire les handicapés, « à mobilité réduite », « différents », « gens exceptionnels »... La force des images suffit à suggérer l'évidence. Le cinéma permet d'aller à la rencontre et de connaître des êtres, qui malgré leur condition physique ou mentale, ressentent, aiment, vivent. Il s'agit de montrer cette réalité toute simple. Dépasser la gêne, balayer la norme trompeuse et superficielle pour aller à l'essentiel. L'aveugle des
Lumière de la ville de Chaplin voit le vagabond tel qu'il est. Echapper à la norme, c'est être forcé de vivre hors des codes, de s'inventer un fonctionnement comme la famille de
Gilbert Grape, qui sort le 20 février en DVD, ou encore le langage développé pour le héros enfermé du
Scaphandre et le papillon de
Julian Schnabel, prévu en Février.

Alors il y a la frustration terrible d'être entravé par son corps et des contingences qu'il impose (comme Christy Brown dans
My Left Foot), avoir à renoncer aux désirs de tout le monde et surmonter les préjugés qui paraissaient vérités immuables (
Né un 4 Juillet). Se poser la question toute simple que chaque handicapé s'est posé un jour comme la jeune
Scarlett Johansson dans
L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux : qui va m'aimer comme ça, qui voudra de moi ? Il y a aussi ce décalage qui peut agir comme un révélateur : Charlie Babbit n'est plus un yuppie sans âme à la fin de
Rain Man et s'est découvert un frère. En fait le handicap au cinéma reprend depuis toujours le cri de John Merrick dans
Elephant man : « Je suis un être humain ». Aucun autre art ne l'a fait entendre avec autant de force, invitant à dépasser l'apparence, à connaître la personne qu'elle masque, balayant la réaction première, la défiance instinctive.