Il y a un peu plus d'un an (novembre 2006) s'en allait la figure emblématique du film choral, le cinéaste
Robert Altman. Passé maître dans cet art si particulier, Bob Altman avait heureusement fait des émules parmi la talentueuse relève, et ce dossier, quelque part, se pose comme un petit hommage à un grand homme du cinéma.
21 GRAMMES
Pour retracer la carrière d'un acteur, on revoit ses grands films. Récemment, en abordant celles de
Sean Penn et
Benicio del Toro à quelques semaines d'intervalles, il m'était nécessaire de revoir
21 grammes d'
Alejandro Gonzalez Inarritu. La narration du cinéaste est connue, mais elle est ici magnifiée par ses acteurs. Le péché des films choral est parfois d'être un peu trop alambiqués, de s'attacher au destin d'un personnage plus qu'à un autre, de perdre en naturel et en fluidité par la structure qu'ils imposent (comme c'était le cas de
Bobby). Ici, la forme trouve un équilibre parfait et sert exactement le propos.
Benicio del Toro est un criminel repenti qui renverse accidentellement l'époux et les filles de
Naomi Watts.
Sean Penn, presque mourant, trouve ainsi un coeur qui peut lui être transplanté. Il a la vie sauvée par ce drame. Mais il se sent coupable de profiter de la mort d'un autre. Il rencontre la femme de son donneur, brisée de douleur. Il tombe amoureux d'elle. Elle veut qu'il l'aide à se venger. Del Toro endosse tout le poids de ce crime. Après avoir maudit ce Dieu en qui il avait pourtant une foi ardente, il entame sa descente aux enfers. Chaque interprétation est intense, chaque personnage est douloureux, en quête de salut. L'ensemble est rendu déchirant par la force de ces trois âmes perdues qui se rejoignent dans une âpre cohérence. Le fil rouge est tenu, le lien entre eux est évident. Contrairement à ce que le montage éclaté suggérait d'abord, l'histoire n'est pas morcelée mais totalement harmonieuse. Leurs destins semblent se répondre. On plonge au coeur de trois intimités entremêlées qui voient leurs existences bouleversées, leurs rédemptions étroitement liées. On n'est pas dans la forme plus classique d'un
Short cuts ou d'un
Magnolia. Il s'agit d'une approche esthétiquement plus radicale. Mais la finalité d'un film choral reste la même : raconter des existences apparemment sans rapport les unes avec les autres. Elles sont rapprochées car elles sont en crise. La beauté de
21 grammes est de renouveler ce postulat de départ, de lui donner un nouveau souffle et une grande ambition. Le cinéaste raconte une sensibilité universelle.
Babel allait traduire par la suite cette volonté de manière plus évidente. Mais
21 grammes en était déjà la quintessence.
THE PLAYER
Plus qu'un film choral,
The Player est un film choral avec des acteurs qui jouent leur propre rôle.
Robert Altman s'amuse à digresser sur l'industrie cinématographique à travers une savante mise en abîme d'un univers composé essentiellement de requins, de meurtres et de cynisme.
Tim Robbins vit en une seule journée ce que le commun des mortels n'arriverait pas à vivre en deux siècles. Ca va vite, une pléiade de stars vient dire bonjour (
Bruce Willis,
Julia Roberts - qui joue deux rôles dont elle-même -,
Peter Falk,
John Cusack, Cher...) et le septième art ressemble plus à un joyeux bordel onirique qu'à une discipline artistique dont on pourrait s'émouvoir. Entre comédie dramatique et vrai film policier,
The Player prend des airs de fête foraine totalement emballante.