Au début des
Infiltrés de Scorsese, on découvre une silhouette en contre-jour, avec en fond sonore une chanson furieuse des Rolling Stones. Et un acteur est là, fidèle à sa légende irrévérencieuse, auréolé de toute sa réputation de Mauvais garçon ultime. Souvent, on étiquette tel ou tel de « Bad Boy de Hollywood » et ce n'est qu'un feu de paille. Lui c'est le pape, l'un des seuls véritable à maintenir intacts sa malice, son grain de folie, sa vie tumultueuse. L'un des rares à aligner les films avec une régularité impressionnante (une soixantaine à son actif), sans jamais aller se compromettre dans les talk shows). Il est l'incarnation d'une rébellion incorruptible. Il est le grand
Jack Nicholson.

Même âgé de 70 printemps, à l'affiche de
The Bucket List avec un autre grand vétéran
Morgan Freeman, il inspire un respect profond, faisant mentir l'adage du « live fast, die young ». Il a vécu à fond, il a travaillé intensément et il se porte encore très bien. Il a marqué l'histoire dans des rôles iconiques et insurpassables -Le Joker du
Batman de
Tim Burton, Jack Torrance dans
Shining-. Il a abordé dans sa longue carrière à peu près tous les genres. Il est parfois le seul intérêt de films sur mesure où il s'auto-parodie (
Self Control). Il est avant tout un acteur concentré et respectueux de son art (à la différence de son ami Brando), qui peut encore surprendre en livrant des compositions absolument admirables (le contre-emploi spectaculaire de
Monsieur Schmidt), pour un homme qui n'a plus rien à prouver et pourrait se reposer sur ses glorieux lauriers.
Jack Nicholson est l'une des grandes figures de l'actor's studio où il prit des cours notamment aux cotés de Martin Landau. Il commence par arriver à Los Angeles à 17 ans et tombe sous la coupe du producteur Roger Corman, avec qui il sera sous contrat pendant dix ans, collaborant à la fameuse Hammer. Il apparaît également dans de multiples séries télévisées. Pendant les années 60 il se mit à l'écriture (auteur du scénario du très psychédélique
The trip). Dès lors, il se trouve une identité, incarnant un esprit de révolte parfaitement dans l'air du temps que explosera dans
Easy rider de
Dennis Hopper où son apparition totalement déjantée reste un grand moment. Le film est une tempête, un souffle de liberté qui balaie les anciens codes. Même si on peut le trouver désuet, il est symbolique de toute une génération qui prenait alors le pouvoir au cinéma et imposait sa contre-culture (à l'image du
More de Barbet Schroeder). Il apparaîtra également dans les westerns essentiels de Monte Hellman,
the Shooting et
l'Ouragan de la vengeance (dont il a écrit le scénario). Il participe à ces épopées âpres, mystérieuses, minimalistes, presque conceptuelles où l'ouest apparaît dans toute sa rudesse et son aridité. On ne sait rien des personnages dominés par une sorte de fatalité tragique (au sens classique : la mort rôde à chacun de leurs actes. Ces westerns sont épurés, presque abstraits. Rarement le désert aura été si implacable et minéral, écrasant les hommes qui le parcourent de son immensité désespérée. Il s'agit d'une quête existentielle, intérieure, profonde et inattendue dans ce contexte.

Nicholson était à l'avant garde, optant déjà pour des films audacieux et atypiques, souvent un peu fous (
Easy rider de Dennis Hopper ressemble à un film de potes sous acides... ce qui doit être assez proche de la réalité! Mais c'était aussi et surtout le film fondateur d'un genre, le Road-movie). Il opte déjà pour une liberté de création audacieuse, anticonformiste. Il est plus qu'un nouvel acteur, il incarne une orientation nouvelle du cinéma américain. Il sera tout au long de sa carrière admirable de liberté, d'indépendance, d'insoumission, de folie novatrice, mais aussi d'une dévotion totale à ses rôles.