
MAD DETECTIVE : LE JOHNNIE TO LE PLUS BIZARRE
Tout sur MAD DETECTIVE - La Critique - Photos - Le 2008-09-16 12:01:53
Les premières minutes de Mad Detective évoque Takashi Miike sans que l'on comprenne réellement pourquoi. Un profiler charcute un porc dans son bureau pour résoudre une enquête, descend les escaliers avec son collègue, recroquevillé dans une valise, et se découpe l'oreille pour faire une offrande à son supérieur. En deux trois scènes de cruauté burlesque, le cinéaste présente le protagoniste illuminé de son nouveau long métrage. La condition, c'est de l'accepter tel qu'il est. Tout le charme de Mad Detective reposera en grande partie sur Bun, cet ancien flic (Lau Ching Wan, vu dans Running out of time) aux méthodes peu orthodoxes, qui mène ses enquêtes instinctivement, en scrutant le démon caché en chacun de nous (côté professionnel), en vivant avec un fantôme d'amour qui n'existe que dans sa tête (côté personnel). Parce qu'il agresse les gens sans raison et évolue dans un passé révolu, ses collègues le pensent fou à lier. Lui qui naguère fut renvoyé des services de police à cause de son comportement est désormais oublié de tous. Un jour, un de ses anciens assistants (Andy On Chi Kit, vu dans Election 2), secrètement admiratif, a récupéré son arme après avoir perdu la sienne et réclame son aide sur une enquête filandreuse. Au risque de faire une erreur. De nouveau, Bun va user de ses dons décalés pour débusquer une machination sournoisement ourdie. Si l'intrigue policière, au demeurant passionnante, fonctionne indépendamment, elle ressemble plus ou moins à un beau prétexte pour mettre en avant un caractère décalé et obsessionnel comme To les affectionne et reléguer au second plan les gunfights follement inventifs (dans ce registre, pourra-t-il faire mieux que Exilé, son chef-d'oeuvre ?). En cela, on est proche du style âpre, réaliste, du diptyque Election.

Mais ce souci de réalisme ne fait pas oublier que nous sommes aussi au cinéma et avant tout dans un thriller mental. L'atmosphère cotonneuse qui s'installe durablement autour du protagoniste (proche du cartoon) est partiellement redevable à l'excellente bande-son du français Xavier Jamaux, proche du groupe Air. En conférant à l'ensemble des airs de comédie musicale enchantée, le compositeur excelle à rendre ce ballet de sentiments diffus léger comme une plume. Cette participation a fortiori singulière trahit une occidentalisation apportée par la participation de Wai Ka Fai qui a envie de toucher un public plus large et pousse To à fuir la pose pour privilégier une narration plus complexe. Les truands masqués que l'on peut voir dans Mad Detective ne sont pas sans évoquer les facéties de Andy Lau dans FullTime Killer qui citait à répétition le Point Break de Kathryn Bigelow. Mais, contrairement à ce qui se produisait dans FullTime Killer, ce nouveau long métrage fuit les ornières superficielles. Ce n'était pas gagné d'avance tant la présence du co-réalisateur n'est pas un gage de qualité dans l'univers de Johnnie To et risque sans doute refroidir les puristes. Notamment parce que depuis, To a pris de l'indépendance et prouvé aux yeux des cinéphiles qu'il était capable de beaucoup tout seul (voir le diptyque Election et Exilé l'an passé). Si Wai Ka Fai a réussi à booster quelques bons Johnnie To (Needing You, Fulltime Killer et Running on Karma), il est aussi responsable des plus mauvais (Love on diet, Fat Choi Spirit, Turn Left Turn Right).










































