
DANIEL DAY LEWIS, L'OEUVRE D'UN ESTHETE
Tout sur THERE WILL BE BLOOD - La Critique - Photos - Le 2008-02-27 05:05:59
Écoles de la chair
Day-Lewis est un esthète. Il commence comme tout le monde par apparaître dans des rôles secondaires à l'affiche de Gandhi ou du Bounty par exemple (ce remake dispensable avec Mel Gibson et Anthony Hopkins). Mais très vite il se démarque vers l'indépendance de My Beautiful Laundrette de Stephen Frears en 1986. Il y campe un jeune homme homosexuel amoureux d'un jeune pakistanais. On est plongés dans l'atmosphère déprimante et en crise de l'Angleterre thatchérienne, dans le contexte particulier d'un véritable clan. L'atmosphère est sombre et désenchantée, pointant le racisme, l'intolérance, la pauvreté. Day Lewis est déjà d'une vérité absolue, lui qui admet volontiers se plonger dans un rôle et avoir parfois de la peine à en sortir. Il cherche toujours l'identité totale, l'empathie et l'harmonie profonde avec son personnage, aux limites de se perdre.
Il s'impose peu à peu (notamment dans Chambre avec vue de James Ivory, très teinté de Henry James) jusqu'au magnifique L'insoutenable légèreté de l'être de Philip Kaufman. Il y incarne Tomas, un chirurgien qui profite de la liberté de moeurs qui bouleversait la Tchécoslovaquie de 68 pour s'y épanouir. Il est un libertin qui collectionne les conquêtes, avec une légèreté qu'il érige en art de vivre. Alors que son pays connaît un sursaut de liberté, il s'adonne à l'amour avec une vraie jubilation, entre les bras de sa maîtresse Sabina (Lena Olin) qui le comprend si bien ou dans l'amour exubérant et enthousiaste de sa jeune femme Tereza (Juliette Binoche). Pourtant, lorsqu'il perd tout, lorsqu'on l'accuse, il ne faiblit pas et reste fidèle à lui-même, érigeant sa légèreté en intransigeance. Il est incorruptible et demeurera un voluptueux céleste, même dans la déchéance sociale. C'est la force et l'engagement inattendu de ce film et de ce personnage singulier. Le charme et la beauté de Day Lewis irradient, renforcent le caractère aristocratique, la tenue et l'étrange intégrité de cet homme qui ne vendra pour rien au monde sa liberté, l'honnêteté de ses étreintes, sa spontanéité. Sa richesse est là dans sa décision têtue à ne pas renoncer à cette indépendance qui le constitue, en dépit de tout et jusqu'au bout. Il ne lâche absolument rien.

The ballad of Jack and Rose de Rebecca Miller, épouse de Daniel à la ville et fille d'Arthur Miller, est une oeuvre extrêmement attachante. Passée un peu inaperçue après Gangs of New York, elle est pourtant totalement envoûtante. Jack est un homme qui n'a pas renoncé à ses idéaux et qui vit seul avec sa fille dans une ancienne communauté dont il fut l'initiateur à la fin des années 60. Ils vivent tous deux en symbiose jusqu'à ce que Jack invite sa petite amie (Catherine Keener). Rose réagit violemment à l'arrivée des intrus. Il est malade du coeur et va bientôt mourir, il tente une dernière expérience. Avec lui disparaîtra son bel idéal. Son terrain et son refuge incorruptible, jusque là libre des offenses et de la laideur du monde, sera racheté pour qu'on y construise de belles maisons standards et bourgeoises. C'est inexorable. Il est d'un monde qui avait encore ses illusions. Il a élevé sa fille à l'écart, dans une relation fusionnelle, ambiguë, presque incestueuse. Le film est le beau récit de sa révérence, le début du destin de sa fille aussi, un peu dérangée, qui finira par perpétuer son héritage. Cette histoire est poétique, touchée par la grâce, vibrant au rythme des chansons de Dylan, dans ce beau coin de paradis perdu où un univers s'éteint. Day Lewis est fragile, maigre, un souffle peut le faire disparaître. Pourtant dans le chant du cygne de ses illusions, dans ses dernières étreintes, ce rapport intime et toujours aux limites du charnel avec sa fille, il y a un grand souffle et un grand rôle. L'oeuvre de Rebecca Miller est un petit joyau à découvrir.
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