La rédaction dvdramienne propose aujourd'hui de laisser vos esprits fertiles rêvasser à des films que vous aimeriez refaire, de façon très personnelle. Ces fantasmes de réalisateur en herbe qui sommeille en chacun de nous. Plusieurs rédacteurs lancent ici quelques idées issues de leur imagination, et nous attendons de découvrir les votres dans les forums et blogs. Vous connaissez la règle : lâchez-vous !
THE DOORS
Ce n'est pas que le film d'
Oliver Stone soit mauvais, il en est très loin. Il a de plus le casting parfait notamment en la personne de
Val Kilmer, véritablement habité par son rôle. Cependant il donne à voir les années « sex, drug and rock n roll » davantage que la vie de Jim Morrison. Son Morrison devient caricatural, brossé à traits grossiers. Il devient une rock-star, destroy et pathétique, qui radote ses bribes de poésie. Pour qui s'est intéressé au chanteur, on aurait pu adopter une autre approche. Un film plus ambitieux autour d'un homme épris de culture, forgé par Nietzsche, le septième art, Rimbaud et les poètes maudits. Il aurait pu être aussi beaucoup plus expérimental, à la manière du cinéma que Morrison affectionnait, celui de la nouvelle vague ou du cinéma vérité (comme on le voit dans le petit film que Morrison a tourné avec des amis, intitulé « Highway » ou « HWY, an american pastoral »). On aurait pu revenir sur son enfance tourmentée, où il se réfugiait dans les livres pour échapper aux déménagements à répétition. C'est ce Morrison raffiné là qui éveille à la culture, qui émeut. Sa fin parisienne est une tragédie, celle d'un jeune homme qui s'est retrouvé Rock Star par accident et qui se rêvait poète. La vision de Stone est celle d'une époque, qu'il a fantasmée et vécue, plus que celle d'un homme. J'aimerais un film sur Jim, l'homme qu'il était, précisément en marge de cette époque, ce qui participe à son aura et à sa légende. J'aimerais l'audace formelle d'un
Julian Schnabel pour le raconter et brosser un portrait plus artistique et plus en profondeur de sa personnalité multiple et fascinante. Encore une fois, le film de Stone est beau, mais il passe un peu à côté de son sujet. On a l'impression d'anecdotes mises bout à bout, brillamment présentées. Mais, Morrison n'était pas seulement un garnement provocateur : celui qui allait se défoncer dans le désert, celui qui disait « planer » à la télévision nationale ou « mother, I want to fuck you all night » dans « The end », celui qui baisait comme un malade ou celui qui montrait son organe, ivre mort, lors d'un concert à Miami... Il était bien autre chose. On passe à côté de sa dimension sensible d'écorché-vif et d'érudit, la plus intéressante, la plus révélatrice, la moins archétypale...
LE VILLAGE
Un film de
M. Night Shyamalan ne peut pas être complètement loupé, cela semble impossible tant le réalisateur sait s'y prendre avec une caméra, tant ses scénarios font preuve d'une profondeur et d'une justesse hallucinantes. Pourtant, il y a bien un exemple dans sa filmographie d'un manquement à cette observation, un film qui vous fait sortir de la salle en rageant, avec la tenace impression que l'on s'est moqué de vous :
Le Village. Et bien sûr son twist final qui, bien qu'ayant du sens (à mettre en parallèle avec la politique de la peur dont se servent des gouvernements pour maîtriser une population) et remplissant parfaitement sa fonction de retournement de situation, n'en ressemble pas moins à un immense majeur tendu à la face de tout ce qu'on aimait dans le film. A savoir son aspect de conte cinématographique comme on en voit presque jamais, dans un cadre et une époque fortement évocateurs mais trop rarement utilisés. Sans oublier que les "monstres", souvent décriés alors qu'ils participent de cette même idée de conte filmé, en sont la plus grande force en cela qu'ils renouent avec le bestiaire né des peurs qui secouaient autrefois les campagnes, quand les monstres étaient des hybrides d'homme et d'animal tapis dans les tréfonds des forêts avoisinantes. Quand ces forêts étaient un lieu de mystère et d'interdit. Mais
Le Village nous prouve que l'on peut gâcher autant de bonnes choses en juste une scène, une scène qui nie tout ce que l'on vient de voir en se montrant trop maligne. Une trahison qui fait basculer un film qui avait tout du chef d'oeuvre dans une frustration comme rarement le cinéma nous l'a fait ressentir. Fais ch'mire le twist...