La rédaction dvdramienne, toujours à l'affût de vos réflexions cinéphiliques, livre ici une petite sélection de buddy movies bien gaulois, histoire de voir de quoi notre cinéma hexagonal est capable. Plusieurs rédacteurs ont donc planché sur quelques films marquants "bien de chez nous" et vous donnent leur verdict... en attendant le votre dans les forums et les blogs. Alors, vos buddy movies à la française, ça donne quoi ?
LA GRANDE VADROUILLE
Si l'on ne devait retenir qu'un film dans l'histoire des « buddy movie à la française », c'est bien celui-ci ! Ou plus généralement le duo légendaire formé par
de Funès et
Bourvil, auquel on se doit de rattacher le regretté
Gérard Oury. En effet, quand on parle de ces trois larrons, on pense non seulement à cette grande vadrouille, mais aussi au
Corniaud. Alors pourquoi avoir choisi celui-ci ? Dans
Le corniaud, les deux personnages se suivent mais sans se croiser réellement, excepté au début et à la fin du film, tandis que dans
La grande vadrouille, ils sont obligés de rester ensemble et de se supporter l'un l'autre afin de sauver leurs peaux et celles de leurs amis anglais. On peut donc plus parler de buddy movie. Et en effet, tout les opposent. Leurs physiques, bien sûr, l'un est grand, l'autre plus petit. Ainsi, Oury joue sur ces traits lors d'une scène mythique où nos deux héros doivent revêtir l'uniforme allemand. Bourvil hérite alors d'un casque qu'il ne peut enfiler, pendant que de Funès flotte dans le sien. Ici, Oury se contente d'un humour visuel simple mais efficace, rappelant celui de
Laurel et Hardy de l'Entre-deux-guerres. En revanche, là où le génie de l'auteur/réalisateur explose réellement, c'est dans l'association improbable du caractériel de Funès et le naïf romantique Bourvil. Les répliques cultes fusent, les situations aussi, comme celles où de Funès exige d'échanger ses chaussures, puis son vélo, contre ceux de Bourvil (mainte fois imité et parodié). Et Oury n'épargne pas ses personnages. Qu'ils soient dans un chariot, sur une route de campagne, dans un hammam, ou dans un lit, tout est réuni pour les opposer au maximum et faire ainsi ressortir voire grossir leur différents traits de caractère : c'est là toute la force de ce film, de nous faire rire ainsi, malgré son contexte aussi grave et triste. Par ailleurs,
La grande vadrouille est le premier en France à traiter de l'époque « Seconde Guerre Mondiale » sur le ton de l'humour. Suivront la saga de
La Septième Compagnie et autre
Jour de gloire avec
Jean Lefebvre, mais aucun n'égalera son originalité et son ton unique : drôle mais jamais moqueur ou vulgaire ! Chaque gag est précis et d'une rare efficacité (certains devraient en prendre de la graine, surtout aujourd'hui), et l'on rigole à chacune des apparitions de nos deux français moyens. Même s'ils exploitent des personnages qu'ils joueront quasiment jusqu'à la fin de leur vie, Fufu et Bourvil sont ici au top de leur talent. C'est pourquoi
La grande vadrouille est et restera l'un des films les plus drôles de notre patrimoine. Longtemps en tête du box office français avant l'arrivée d'un célèbre paquebot, il symbolise, par le biais de son célèbre et inimitable duo, LA référence dans le genre « buddy movie à la française ». On en redemande ! Mais la relève se fait attendre...