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TIME, CHEF-D'OEUVRE DE KIM KI-DUK EN DVD

TIME, CHEF-D'OEUVRE DE KIM KI-DUK EN DVD

Tout sur TIME - La Critique - Photos - Le 2008-03-04 10:05:43


Kim Ki-Duk était peintre avant d'être cinéaste (d'où ce sens plastique et cette sensibilité qui s'expriment dans chacun de ses films) et a vécu dans le sud de la France. Il a fait des études d'art plastique pendant deux ans à Paris avant de retourner en Corée pour écrire le scénario des films Painter and prisoner et Illegal crossing. Son passé d'esthète sensible s'est ressenti dans L'île, le long-métrage qui a permis sa découverte en France. Depuis, le prolifique cinéaste a réalisé une dizaine de films qui ont témoigné d'année en année une évolution hallucinante allant de la colère contrebalancée par une poésie fantaisiste à l'apaisement inattendu. Certains d'entre eux réalisés avant L'île, comme Crocodile, premier film anecdotique hanté par les ombres tutélaires de Beineix et de Carax et réalisé au moment où le cinéaste effectuait un périple européen, restent inédits en France et indiquent déjà la prédilection de l'artiste pour les événements du quotidien qui déraillent. En ne se cachant plus derrière les histoires d'amour mutiques et les provocations d'apparat, KKD semble avoir ouvert son coeur depuis Locataires, son film le plus accessible, où il a réussi à conquérir un nouveau public. Ce changement s'est répercuté sur toutes les oeuvres qui ont suivi comme ce Time, aboutissement impressionnant dans sa carrière pas carriériste. Sorti dans l'anonymat estival, cet élixir passionnel s'inscrit peut-être comme l'un des plus personnels du cinéaste, où des personnages déçus en amour sont confrontés aux cruelles lois du désir (et de sa reconnaissance) et de l'amour (et de son éternité). En parlant de lui-même, le cinéaste sud-coréen bouleverse juste le regard et le coeur de tout le monde.


Oubliez les mélos blancs comme la neige d'avril, les panneaux lacrymales brandis par les petits malins, les doigts enfoncés dans les yeux pour arracher des larmes: celui qui va vous émouvoir discrètement, c'est Kim Ki-Duk. Depuis L'île, l'enfant terrible du cinéma sud-coréen a bien changé. En très bien. Dans ses précédents films construits comme des rêves soyeux, les lacs variaient au gré des quatre saisons et les âmes en peine se reluquaient dans le blanc de leurs yeux tristes sans prononcer un mot. C'était simple, silencieux, reposant et beau. Dans Time, grande nouveauté: les personnages parlent fort pour exprimer ce qui ne fonctionne pas chez eux ou se laissent mourir d'amour en changeant de visage. Loin de constituer un défaut, l'absence des figures récurrentes du réalisateur souligne juste qu'il a franchi un cap (et nous avec lui). Il a fait le deuil de ses obsessions aqueuses comme de ses fantaisies sexuello-trash. Fin d'une époque autiste de poète bohème où tel un peintre voué à la solitude, il vivait dans les nuages et refusait obstinément les contingences d'un monde moderne et son capitalisme putride: Kim filme désormais des vous-et-moi perdus dans des mégapoles grouillantes qui assument pleinement leurs désirs égoïstes et s'agacent du temps qui passe. Dans l'urgence de Time où le temps est compté, une femme possessive reproche à son petit ami de reluquer les autres filles et utilise la chirurgie esthétique pour raviver chez lui un désir qu'elle croit mort; l'homme (le plus triste du monde) subit une séparation brutale et essaye de recommencer une histoire d'amour avec une autre fille qui... ne le comprend pas. Potentiellement, le script était porteur d'une généreuse louche de sentimentalisme pleurnichard. KKD sublime l'argument. Et son film est d'autant plus émouvant qu'il ne s'abîme pas dans l'explication de texte psychologique. Ça aurait pu - voire dû - être mièvre; c'est juste sublime et sublimement juste.


En s'intéressant à des personnages qui veulent changer leur vie pour oublier la douleur d'une séparation (et ainsi ne plus ressembler à eux-mêmes), le réalisateur accomplit des prouesses pour mêler le texte et l'image, le sens et la sensation, l'abstraction et l'émotion. Gestes tendres, regards énamourés, peaux abîmées que l'on réconforte d'une caresse, état d'affection extrême qui pousse par exemple à réécrire plusieurs fois sur un même bout de papier une déclaration d'amour qui ne se verra que si on la lit à travers les lignes griffonnées. Cette symphonie romantique, faite de situations ressassées et de variations brûlantes sur le sexe et l'amour, présente tous les symptômes et toutes les guérisons qui forment la courbe des maladies d'amour. Elle avance au gré de ces volutes obsessionnelles et finit par construire une sorte de labyrinthe où les sens sont prisonniers de leur première fois. Les protagonistes, eux, sont incapables de faire le deuil amoureux. Personne n'est fait l'un pour l'autre. Rien n'arrive par enchantement, ni même par désir. Ce que l'on prend pour un désir n'est que le désir de l'autre que l'on a fini par faire sien. Le réalisateur filme cette mécanique des sentiments en n'occultant pas les mystères insondables qui font dérailler le cours tranquille de la narration. Il cherche par tous les moyens à ce que les comédiens habitent mentalement l'histoire et l'espace du film. Génère des stratagèmes spatiaux et narratifs qui s'enchaînent avec une limpidité exemplaire comme dans une sorte de jeu faisant la part belle à l'insolite. Ose traiter de sujets universels qui le (et nous) préoccupent comme la peur de ne pas s'aimer soi-même, de ne plus séduire. Et ausculte in fine une lente décrépitude mentale à la manière d'un Todd Haynes paumé au pays du matin calme. Pourvu d'élans surréalistes (les statues aux positions érotiques lascives), des métaphores bien senties (la chirurgie esthétique comme moyen de disparaître et de changer d'identité, l'île comme refuge paradisiaque d'amants aux corps impatients loin de la ville et de son théâtre absurde résumé à des unités de lieux précises - le café et l'appartement) et des confessions poignantes (l'homme qui ne comprend pas pourquoi sa copine a fait de la chirurgie esthétique alors qu'il l'aime comme elle est), Time fonctionne par le biais d'un brillant système de rencontres, de retours et de reprises qui permettent les trajets d'un personnage à un autre et forment des groupes.

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