
PLANETE TERREUR, LE VERITABLE HOMMAGE ?
Tout sur PLANETE TERREUR - UN FILM GRINDHOUSE - La Critique - Photos - Le 2008-03-06 06:52:50
Inutile de rappeler le but des deux compères lorsqu'ils ont en tête de mettre en place un double programme à l'ancienne, tant le mauvais garçon d'Hollywood s'acharna et s'acharne toujours au travers des suppléments des deux films à nous rappeler qu'il est à l'origine du concept. L'histoire étant écrite ainsi nous ne remettrons pas en question la véritable paternité de l'idée de base, cependant le fait que Tarantino ait la fâcheuse tendance à vouloir mettre en avant sa cinéphilie et veuille se poser en esprit créateur du projet global reste un élément à ne pas oublier, surtout lorsque l'entreprise se casse la gueule et qu'il faut sauver les deux films in extremis... Tarantino, à l'image du gentil documentaliste du tout Hollywood, organise donc des petites soirées avec ses amis réalisateurs, rockeurs et autres mondanités et projette des films de série B en double programme comme à la grande époque du cinéma d'exploitation pour leur faire découvrir des oeuvres que personne ne connaît bien évidemment (les travaux de Lucio Fulci n'ayant, par exemple et c'est bien connu, jamais traversé ni la frontière transalpine ni l'océan Atlantique...). Lors d'une de ces soirées, pendant laquelle Tarantino place en entracte quelques vieilles bandes annonces, Rodriguez lâche que ce serait amusant si de tels films pouvaient être à nouveau projetés... Les deux amis se lancent alors dans un délire et imaginent un programme regroupant deux films, un réalisé par chacun avec les mêmes caractéristiques que ces vieilles bandes et entre lesquels seraient montées des faux trailers...
Tarantino se propose de mettre en place un slasher avec une voiture (idée qu'il doit à Sean Penn, à une époque où l'auteur de Kill Bill devait traverser les Etats-Unis avec une vieille bagnole et à qui, pour le rassurer, le nouveau président du Festival de Cannes avait proposé de la rendre « deathproof ») et le texan de monter une authentique histoire de zombies (qui sera finalement un film de contaminés). Les bandes annonces factices seront proposées au tout juste adoubé Eli Roth, auteur de Cabin Fever et autres Hostel et à Edgard Wright et Rob Zombie, qui viennent de prouver avec leurs derniers films, respectivement Shaun of the dead et le diptyque House of 1000 Corpses / The Devil's Rejects, leur attachement au genre un peu bis, Rodriguez se gardant le temps d'en réaliser une à la gloire de son vieil ami Danny Trejo, gueule culte du cinéma de genre à la carrière démesurée... L'expérience quoi que risquée ne peut être que fun et réussie, les deux réalisateurs étant amis de longue date et vivant pour la même passion.

Il faut reconnaître que leurs chemins étaient faits pour se croiser, les deux hommes s'étant tous deux battus pour faire accepter leur vision du cinéma, avec plus ou moins de succès. Tarantino, outre ses débuts en tant que projectionniste de films pornos ou en tant que gérant d'une boutique de location de VHS, dans laquelle il rencontra Roger Avary (réalisateur de Killing Zoé, des Lois de l'attraction mais aussi homme à l'origine d'une bonne partie des trames de Pulp Fiction), avait frappé très fort en dévoilant son premier long métrage, Reservoir Dogs, réinventant le film noir pour l'occasion, confirmant la même année ses envies avec le fabuleux script de True Romance mis magistralement en scène par Tony Scott et quelques années après, sacralisé à Cannes en recevant la palme d'or pour le film mentionné plus haut... La suite tout le monde la connaît : Jackie Brown qui ne fait pas le tabac voulu mais qui confirme le talent du monsieur, suivi des deux parties de Kill Bill l'asseyant définitivement en position de force tant du côté d'une certaine presse que du public... La recette du réalisateur est simple : armé de sa culture cinématographique monstrueuse, fantasmant sans cesse de nouvelles histoires, de nouvelles péripéties pour les personnages de série B qu'il a tant aimé lors de sa jeunesse, il les réemploie, les refaçonne un peu ici et là, callant ses références personnelles aussi bien musicales qu'artistiques, le tout dans une mise en scène hommage aux maîtres qu'il idolâtre depuis toujours : Melville, Scorsese, De Palma, Godard, Truffaut, Kubrick, Leone et la liste est longue... Geek jusqu'au bout, il y va au culot et fait appel à des acteurs has been dont les moments de gloire sont bien loin et combine ainsi le revival d'une certaine idée du cinéma de l'esbroufe et de ses icônes. Tarantino offre donc un cinéma ultra référentiel, incarnant une sorte de DJ de l'iconographie bis qu'il remanie et placarde ici et là, sans jamais rien inventer mais en révélant toutes leurs richesses enfouies... Une sorte de Marcel Duchamps de la série B en fait.
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