
LE JOUR D'APRES : THERE WILL BE BLOOD
Tout sur THERE WILL BE BLOOD - La Critique - Photos - Le 2008-03-07 06:39:31THERE WILL BE BLOOD

DickLaurent1975
"I'm finished". Depuis le "fuck" prononcé par Nicole Kidman pour boucler l'envoûtant Eyes Wide Shut, on n'avait pas entendu pareille réplique, aussi inspirée, pour clore un film. Ainsi se termine There will be blood, film à la densité incroyable, dans lequel l'acteur irlandais, assis, de dos, épuisé, prononce in fine cette phrase, comme une épitaphe à sa propre performance ahurissante, rarement (voire jamais vue ?) sur un écran. Ainsi se termine, l'épique film de Paul Thomas Anderson, après 2h38, qui (me) parurent parfois longues, déconcertantes, mais si souvent fascinantes, jouissives et encore bien après, obsédantes... Cette histoire, qui se concentre sur un pan de l'histoire des Etats-Unis, a cette force incroyable, à l'instar de la Bible (à laquelle, il est régulièrement fait référence), de tous nous mettre face à notre conscience, sur ce rapport intemporel et universel de l'homme avec le pouvoir, l'argent et la cupidité. Daniel Plainview (D.D.Lewis) est un homme à la détermination et l'ambition sans failles, qui sait ce que labeur et souffrances signifient pour réussir dans la vie, comme cela nous l'est montré en ouverture du film, où malgré une jambe cassée suite à une lourde chute, il se hisse hors du trou creusé pour dénicher du pétrole. Aussi, quand il apprend que les terres californiennes regorgent de l'or noir, Plainview revêt son costume de prospecteur, et c'est avec la manière d'un prédicateur qu'il s'en va visiter des fermiers pour leur acheter leurs terres. Plainview (dont le nom pourrait se traduire par "vision claire, franche"), se caractérise précisément par une idée fixe : réussir coûte que coûte à devenir riche. Sur sa route, il se heurtera notamment à Eli Sunday (impressionnant Paul Dano), un jeune prêtre de l'église de la "troisième révélation", dont il a racheté les terres sans complètement les payer, pour une lutte des faux-semblants qui fera couler le sang. De sang, justement, il en est aussi question s'agissant des liens qui (dés)unissent Eli de son jumeau Paul, lequel a informé Plainview de l'existence de pétrole chez lui, et ce pour quelques dollars. Paul est de fait un Caïn tout désigné, celui qui fuit le troupeau dont Abel /Eli reste le gardien. Cette référence préfigure du faux duel entre le Bien (Eli, la foi, Dieu) et le Mal (Daniel, l'argent, le pouvoir), dont l'issue incertaine révèlera finalement que le Mal sous toutes ses formes est bien partout, en chacun de nous. Les climax ne manquent pas dans cette oeuvre, tiré du roman Pétrole ! ( Oil ! ) écrit par Upton Sinclair, dont Anderson a adapté les 150 premières pages, avant de scénariser lui-même le reste, pour un résultat truffé de moments intenses. La séquence du derrick en fusion est un de ces sommets, démarrant par une violente explosion de gaz qui ôtera l'ouïe du fils adoptif de Plainview, lequel sera d'abord affolé du sort de son rejeton, avant de comprendre, devant un long feu d'artifice qu'il est devenu un homme très, très riche, Et nous de deviner quelle est sa priorité. Malgré tout, les séquences de tendresses ou de violence (contre Eli venu une première fois chercher ses 5000 $, avant d'être frappé et traîné dans la boue) où l'on assiste à l'impuissance et au déchirement violent de Plainview face au sort qui a touché son enfant, démontrent magnifiquement, que la folie du pouvoir n'a pas encore rendu notre personnage définitivement inhumain. La revanche d'Eli est un autre moment intense du film, qui prendra la forme d'une humiliation pour Plainview, obligé de subir des mains et de la voix de son ennemi intime, qui s'en délecte, une initiation pour intégrer l'église de "la troisième révélation". Tragicomique, grotesque et cruelle dans sa forme et son contenu, la séquence fait rire comme elle met mal à l'aise, et montre jusqu'à quelle paroisse Plainview (qui n'a qu'un seul Dieu, le dollar) est prêt à prêcher, pour arriver à ses fins.

Au milieu de cette guerre, entre nos deux protagonistes, qui ponctuera le film dans un même mélange d'humour, de nervosité et de violence inouïes, l'autre (parmi bien d'autres) séquence marquante de l'histoire reste la terrible rupture entre Plainview, devenu le mégalomane alcoolique craint, et H.W., son fils adulte désireux de suivre les mêmes traces que son père au Mexique. La cruauté de Plainview annonçant à H.W. qu'il n'était qu'un orphelin voué à être adopté par Plainview pour asseoir sa crédibilité d'homme aux valeurs familiales, n'a d'égale que sa désolation de voir H.W. suivre ses pas. Non pas vraiment par peur d'être concurrencé, mais aussi probablement parce que devenu seul et dépourvu d'humanité, dans son palais trop grand pour lui, Plainview n'a pas envie de voir ce jeune homme connaître la même déchéance. Parce que l'explosion de gaz qui a précédé la profusion de pétrole, a surtout éloigné à petit feu ce père (à l'amour véritablement sincère) de son fils, sans que cette cicatrice soit refermée... La complexité des sujets abordés, P.T. Anderson les transcende par une mise en scène et une direction d'acteurs impressionnantes, nouant des liens évidents avec le cinéma de Kubrick, notamment Barry Lyndon, chef d'oeuvre que le maître avait adapté de Thackeray. On retrouve aussi la même aptitude à disséquer la trajectoire vers la folie d'un homme obsédé par le pouvoir (même si l'arrivisme n'est pas ici l'arme maîtresse de Plainview), jusqu'au final "grand guignolesque" qui ponctue la Comédie Humaine selon Anderson. En dépit de longueurs superflues, comme notamment l'épisode, à l'utilité incertaine, du demi-frère de Plainview, There will be blood reste une expérience cinématographique rare, réussie, et que l'on n'est pas près d'oublier.
Note : 8/10
















































