
CINE : LE SOLEIL SE LEVE AUSSI
Tout sur LE SOLEIL SE LEVE AUSSI - La Critique - Photos - Le 2008-06-17 17:20:24LE SOLEIL SE LEVE AUSSI
Un film de Jiang Wen
Avec Jaycee Chan, Joan Chen, Cui Jian, Wen Jiang, Kong Wei
Durée : 1h56
Date de sortie : 13 août 2008

Jiang Wen ressemble à un prêtre défroqué qui aurait vu l'enfer. Après les mémorables Démons à ma porte qui reste encore maintenant ce que le cinéma chinois nous a offert de mieux ces dix dernières années, doux euphémisme de déclarer qu'il était attendu au tournant avec la promesse d'un nouveau "chef-d'oeuvre obligatoire". Coupons immédiatement court aux fantasmes : Jiang Wen ne réalise pas un nouveau monument d'insolence. Il se contente juste - et c'est déjà immense - d'orchestrer un film incroyablement foisonnant d'un point de vue visuel dont la seule faiblesse serait d'être finalement anecdotique dans ce qu'il raconte. Plusieurs histoires en une (et donc plusieurs films en un seul bloc): primo, une mère de famille folle file des baffes à son fils, lance des objets en l'air, flotte sur l'eau, grimpe aux arbres, balance des cailloux, rigole avec des mômes, creuse des trous, casse toute la porcelaine de mamie et hurle un prénom russe bizarroïde. Pour cacher un effroyable passé. Deusio, un professeur est harcelé par des filles échappées d'un film de Tinto Brass qui se détruisent d'amour et rivalisent de provocations sous ses yeux ébahis. Juste pour stimuler la libido et retourner la tête d'un pauvre homme. Tertio, un homme s'installe dans une communauté rurale, découvre les joies de la chasse avec des enfants, abuse de la trompette, casse les oreilles de tout le monde (du spectateur le premier), abandonne un peu trop sa femme et fouille dans son coeur de bête. Pour comprendre le pourquoi du comment. Trois destins, trois genres différents (tragédie burlesque tendance mélodramatique, fable morbide et odyssée fantastique) liés par un personnage central: le fiston un peu niais de la maman foldingue du début qui part à la recherche d'un père. Pour mettre un visage sur une photo.

Quête identitaire, folie menaçante, désir érotique et rivalité amoureuse se cognent au centre d'un écheveau survitaminé filmé par un furieux qui se contrefout des leçons de grammaire cinématographique et préfère l'audace inouïe d'un plan (la mère qui harcèle le fils parano lorsqu'il nage paisiblement dans le premier segment, contre-plongée sous l'eau) à la tranquillité pépère du cinéma de papa mou du genou. Audace permanente qui se répercute tout le long de ce trip poético-sentimentalo-lyrique totalement bordélique et totalement maîtrisé (sic). Pour donner un avant-goût de ce goût nouveau, disons que c'est un peu comme si les univers de David Lynch et Emir Kusturica - impossible de trouver plus antinomiques - se superposaient le temps d'un voyage au bout du monde, sans souci de limpidité. Souvent énervée, la caméra fusille tout ce qui bouge et traque les détails absurdes sous forme de vignettes colorées: une femme tout désir dehors qui aime à se faire pincer les fesses lors d'interrogatoires insolites; une mère de famille qui aime à sauter d'un arbre pour faire peur à son fils débile; un Anthony Wong revenu de son passé mouvementé et devenu attraction sexuelle ambulante qui affiche une moue perplexe lorsque les demoiselles émoustillées se crêpent le chignon devant lui (c'est le côté Fellinien de Wen); deux héroïnes qui parcourent passionnément le désert sur des chameaux rigolards; des personnages qui communiquent au-delà des barrières linguistiques...
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