
Comment l'aventure Arte video a-t-elle commencé ?
L'histoire de Arte Vidéo a donc 15 ans avec à ses débuts une équipe VHS, relativement cinéphile, qui travaillait sur les sorties des Ozu, des Kurosawa, des Mizoguchi, des documentaires de création importants comme les Depardon. La nouvelle équipe dont je fais partie est arrivée exactement à l'émergence du support DVD, c'était un moment absolument fabuleux, car le DVD devenait cinéphile jusque dans son ADN. Le rapport au support a modifié ce marché. Celui-ci initialement composé de collectionneurs est devenu un marché de « masse ». Les premiers disques Arte Vidéo sont sortis fin 1997/début 1998 avec par exemple L'histoire du Cinéma Américain racontée par Scorsese.

Qu'est-ce que l'arrivée du DVD a changé dans votre catalogue ?
Après 10 ans d'exploitation, nous ressortons des films que nous avions sortis en VHS y compris avec Argos Films avec des films de Schlöndorff, Godard, Bresson, tous les fondamentaux de l'histoire du cinéma ont trouvé en DVD une seconde vie. Clairement en cinéma, notre base a été la reprise de notre travail initial en VHS. L'économie du DVD a permis de remettre à niveau des standards de masters qui n'auraient pas pu être générés en VHS.
Vous défendez un type de cinéma particulier...
Un constat s'impose, le cinéma patrimonial marche mieux que le cinéma dit d'auteur récent, nous avons beaucoup de difficultés à faire exister des cinéphilies très pointues. Aussi avec un recul sur 10 ans nous nous attachons à suivre des auteurs qui nous paraissent intéressants. En revanche, les documentaires représentaient 30% de nos sorties il y a 10 ans, nous sommes passés aujourd'hui à quasiment 70%, on a complètement élargi notre line-up. Le gros du catalogue des films référents de l'histoire du cinéma est donc sorti aujourd'hui. Un film comme L'homme sans Passé de Kaurismäki fait 650 000 entrées alors qu'il n'a pas su transformer son succès lors de sa sortie en DVD, environ 4500 ventes seulement. En comparaison un film français avec le même nombre d'entrées aurait certainement fait plus de ventes DVD.
Comment expliquer ce manque d'intérêt du public ?
Quand un petit film sort -sans être trop défendu par les salles-, s'il ne rassemble pas suffisamment de spectateurs par salle, il est enlevé de l'affiche sous une semaine. Donc les oeuvres ont beaucoup de peine à se faire connaître du public même si elles sont de grande qualité. Et nous on débarque 6 mois après avec la sortie en vidéo. La situation n'est souvent pas évidente pour trouver son public.

Votre catalogue s'en ressent-il ?
Ici chez Arte Video, nous avons des auteurs que nous défendons et que nous aimons beaucoup dans la jeune génération comme Kiyoshi Kurosawa au Japon. On le fait de façon assez volontariste, en raison de la difficulté d'exister en salles, c'est d'ailleurs sur la collection des 100 ans du cinéma que les oeuvres trouvent plus facilement leur public. Concernant le cinéma récent, l'économie apparaît tout de même plus complexe et du coup il y a des choses auxquelles nous sommes obligés de renoncer. En revanche sur les documentaires, les grandes signatures trouvent leur public, je pense à Chris Marker, Raymond Depardon, Van Der Keuken, et prochainement nous finaliserons un accord pour éditer Joris Evans l'intégrale (une opération avec la cinémathèque est d'ailleurs probable...). Nous avons aussi un deuxième aspect directement lié à notre proximité avec la télévision. Cela nous permet de faire la promotion d'oeuvres à la fois à l'antenne et en DVD. Nous avons d'ailleurs des sorties directement développées par l'antenne qui sont formidables.
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