

A quoi cela est-il dû ? Pourquoi l'image d'une femme évoluant dans une maison mystérieuse et menaçante a-t-elle plus tendance à frapper et à marquer notre imaginaire que celle d'un homme dans la même situation ? On serait d'abord tentés de répondre, dans un réflexe un peu grégaire, que l'empathie pour la Femme se fait plus facilement car elle nous apparaît plus vulnérable que l'Homme. Mais si telle était l'explication, alors le cinéma d'aventure, où la vulnérabilité du héros est nécessaire, serait truffé d'héroïnes, ce qui est loin d'être le cas. Qui plus est, de la fin du XVIIIème siècle au début du XXème, à une époque où la Femme était précisément considérée comme « le sexe faible », les histoires de hantise mettaient le plus souvent en scène des hommes. On chercherait en vain la Femme héroïne dans les récits d'Edgar Allan Poe ou de HP Lovecraft ; et même la littérature gothique fantastique, le plus souvent écrite par des mains de femmes, n'hésitait pas à privilégier le tourment des hommes, comme en témoigne à lui seul le Frankenstein de Mary Shelley.

Le Foyer de l'Etre
Pour comprendre ce qui s'est produit dans l'inconscient collectif au début du XXème siècle, et dans le courant des années 30 pour être plus précis, il nous faut impérativement évoquer l'influence grandissante de la psychanalyse (Non, non ! Ne fuyez pas ! On va tâcher de faire simple ; promis.) Résumons : la théorie du papa Freud avait mis en lumière les mécanismes de l'inconscient et la lutte permanente qui se joue au fond de notre esprit ; un esprit qui « communique » le plus souvent à l'aide de symboles ; un esprit extrêmement travaillé par la pulsion sexuelle ; un esprit qui a la fâcheuse tendance à projeter sur son environnement des choses qui, en vérité, prennent leur source dans les méandres de notre pauvre cerveau ballotté de pulsions primaires. A la lumière de cette leçon, beaucoup commencèrent à réaliser que notre environnement le plus intime (notre maison) devenait malgré nous une projection de notre esprit, avec ses pièces séparées remplissant des fonctions précises, avec des besoins soudains de faire de grands nettoyages ou de changer les rideaux sur un « coup de tête » et, surtout, avec des portes fermées qui mènent au grenier ou à la cave et qu'on hésite à ouvrir, pris d'une crainte irrationnelle.
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