
SHINE A LIGHT
Un film de Martin Scorsese
Avec Mick Jagger, Keith Richards, Ron Wood, Charlie Watts, Christina Aguilera, Bill Clinton, Rebecca Merle, Kimberly Magness, Igor Cherkassky, Michael Ciesla, Jack White
Durée : 2h02
Date de sortie : 16 avril 2008

Il ne faut pas être dupe sur la marchandise. Shine A Light n'est pas le documentaire ultime sur le groupe. Il emprunte à peine quelques images d'archives au passé halluciné des jeunes anglais et ne pose pas de véritable point de vue sur leur carrière. Le dernier opus de Martin Scorsese est un concert filmé, une captation à budget confortable entourée d'un public (malheureusement) bling-bling, venu montrer son dernier veston à la mode marqué du sceau VIP et ses dents blanches labellisées Emporio Armani. Même la famille Clinton au grand complet est venue saluer. Qu'à cela ne tienne, dès que les papys du rock'n'roll s'emparent de la piste, on peut se permettre d'oublier.
Première surprise, le concert permet de redécouvrir des chansons moins connues du répertoire du groupe comme As Tears Go By ou Far Away Eyes. Des perles berçant l'oreille avec humour et sensualité qui contrastent aisément avec le défoulement spectaculaire d'un Mick Jagger au mieux de sa forme. Des guests font également leur apparition, notamment sur Loving Cup (l'androgyne Jack White des White Stripes) et surtout sur Champagne and Reefer avec un trio Buddy Guy, Keith Richards, Ronnie Wood détonnant. La présence de Christina Aguilera sur Live With Me pourra faire sourire. La belle a un cran à toute épreuve et une attitude suffisamment sulfureuse pour faire vite oublier les premières craintes des fans. On pourra regretter l'absence de Gimme Shelter véritable emblème sonore que Martin Scorsese a utilisé dans trois de ses films (Les Affranchis, Casino et plus récemment dans Les Infiltrés). Mais ceci est finalement très personnel.

Scorsese filme l'incandescence scénique en ne cherchant jamais l'artifice de mise en scène. On est loin de The Last Waltz où l'urgence foutoir du tout voir tout filmer tout capter venait fusionner avec la folie du concert. L'important n'est pas là. Il faut le chercher sur la danse diaboliquement sexy de Jagger sur Sympathy For The Devil ou la voix abîmée de Richards sur You Got The Silver. L'énergie dégagée par le groupe se suffit amplement à elle-même. Le cinéaste s'efface derrière son sujet, hormis une tentative finale amusante à la sortie de la scène et des coulisses (rappelant vaguement La Valse des Pantins).
Objet mineur dans la filmographie du Maître, Shine A Light vaut pour les Rolling Stones, pour leur complicité criante, leur plaisir toujours présent, même après 40 ans de carrière. Ceux qui reprochent l'académisme moribond qui s'empare du cinéaste depuis quelques années, pourront apporter un peu plus d'eau à leur moulin. S'ils pensent que Martin Scorsese se fait plus sage, les Rolling Stones, eux, siègent sur le trône imposant de rois du rock'n'roll.
Nicolas Schiavi
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