
LADY JANE
Un film de Robert Guédiguian
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Frédérique Bonal
Durée : 1h42
Date de sortie : 09 avril 2008

Lady Jane marque le retour du Guédiguian qu'on aime après le très décevant Voyage en Arménie dans lequel il tâtonnait maladroitement sur la terre de ses ancêtres. Comme si le réalisateur avait besoin d'être entouré non seulement de sa troupe mais aussi de ses paysages de prédilection. Qui donc a affirmé que le cinéma était un art universel ? C'est précisément par l'affirmation très forte de son identité que ce cinéaste régionaliste a rencontré le public le plus large. À une époque où la mondialisation s'attaque au septième art via la matrice hollywoodienne, cette alternative séduit précisément par sa fraîcheur et par son absence de calcul mercantile. Guédiguian est sans doute l'un des derniers à croire que le cinéma peut changer le monde et l'on a envie de partager cette conviction car elle passe chez lui par des sentiments très forts. Dès lors, la notion de genre perd tout son sens et chercher à coller une étiquette à Lady Jane représente une entreprise aussi périlleuse que hasardeuse.

La complicité qui lie Robert Guédiguian à ses interprètes (et à son équipe technique) n'a rien d'artificiel. Les relations profondes qu'il a nouées au fil des ans avec les uns et les autres donnent à chacun de ses films une évidence immédiate. Dans Lady Jane, titre dérisoire qui renvoie délibérément à Robin des Bois et sa bande de joyeux compagnons (ceux qui volaient aux riches pour donner aux pauvres), il n'a pas besoin de s'appesantir en scènes d'exposition car ses personnages nous semblent familiers d'emblée, bien qu'ils n'aient jamais figuré dans aucune de ses oeuvres précédentes. En cela, Guédiguian est bel et bien l'héritier de Pagnol. Cette proximité facilite en outre grandement l'intérêt qu'on éprouve pour ce trio qui fut naguère infernal et que le temps a disloqué avant de le reformer pour la bonne cause. On n'en dira pas plus. Ce serait gâcher une partie du plaisir qu'on éprouve en voyant le passé affleurer et la vérité émerger. Car Guédiguian ne fait rien comme tout le monde. Il aime sans doute juste un peu plus ses protagonistes que bon nombre de ses confrères et nous le donne à ressentir.
Jean-Philippe Guerand
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