Romy Schneider est une légende du cinéma français. Une figure tragique, autant dans la vie que dans ses rôles. Sa beauté rayonne toujours, d'une manière frappante, une comédienne toujours en équilibre entre les extrêmes (« des éclats de rire pour éviter les éclats de larmes » disait Piccoli). Elle est avant tout totalement dévouée à son art, plongée dans ses personnages de manière absolue, tentant sans cesse d'explorer de nouvelles pistes, d'aller un peu plus loin. Elle jouait pour s'éloigner d'elle-même peut-être, comme une manière d'exorciser ses démons ou les maintenir à bonne distance, le temps d'un tournage. C'est toujours cette urgence qui bouleverse, cette tension... Cette manière aussi de raconter sa vie en choisissant des films, cette coïncidence troublante entre la vie et l'oeuvre. A l'occasion de la sorie DVD de
La Piscine le 26 avril, dont vous pouvez retrouver notre test en bas de page, voici un portrait du mythe Schneider, entre fiction et réalité.

Entre Romy la femme et Romy la comédienne, dont on a le sentiment qu'il n'existait pas de séparation. Un peu à la manière de
Patrick Dewaere, autre immense référence, qui jetait toute son âme à chaque performance, jusqu'à se consumer sans doute.
Romy Schneider est caractérisée par son intransigeance et s'impose comme un modèle absolu et toujours revendiqué par les acteurs. Peut-être parce qu'elle a ce caractère entier, qui vivait totalement dans ses rôles. On peut, par exemple la deviner dans les troublantes retrouvailles qu'elle a avec
Alain Delon dans
la Piscine (qui sort le 26 Mars en DVD), dans le mal-être de Nadine Chevalier, l'actrice ratée de
L'important, c'est d'aimer, dans la tragédie de
la Passante du sans-souci.
Romy Schneider se racontait subtilement, dans une filmographie qui a souvent des accents de biographie.
Un rôle a marqué sa carrière et par la suite l'a empoisonnée comme une obsession dont elle voulait se dissocier à toutes forces. Il est effarant de voir des interviews d'époque où on entend un journaliste s'adresser à elle en l'appelant « Sissi ». Elle fut l'héroïne de cette saga de guimauve, de princesse qui rencontrait son prince charmant. Elle était alors très jeune (17 ans) et sous la coupe de la grande ambition maternelle (actrice elle-même), qui fit d'elle une icône de l'Allemagne d'après guerre. Mais comme la vraie Elizabeth d'Autriche, Romy se sentait étouffée et enfermée dans ce rôle écrasant, elle ne voulait pas devenir ce symbole rose bonbon. Malgré une offre mirobolante, elle ne tournerait pas le quatrième
Sissi. Elle échappe à l'influence familiale et à la voie qui lui était toute tracée, on tenterait sans cesse de l'y ramener, elle s'en tiendrait éloignée avec une constance têtue, presque cassante quand on évoquait ce début amer qui était pour elle une impasse.

Elle s'exile donc en France, sa terre d'accueil de cinéma. Elle va y tourner
Christine, encore un film d'époque prestigieux, pour lequel son statut de star lui permet de distinguer parmi ses partenaires potentiels, un jeune acteur encore inconnu,
Alain Delon. Les deux comédiens vont alors former un couple de légende, dans la grâce de leur jeunesse et de leur beauté encore juvénile. Tous deux vont avoir un grand Pygmalion en la personne du grand
Luchino Visconti. Il offrira à Delon le beau rôle du jeune homme pur de
Rocco et ses frères avant de l'immortaliser dans la fresque du
Guépard aux côtés de
Burt Lancaster. Pour Romy, il sera, selon ses propres termes, son « grand professeur ». L'exigence du metteur en scène la pousse à se transcender, à surmonter les difficultés et à révéler sa vraie nature. Il l'entraîne aux côtés de son compagnon dans l'aventure de
Dommage qu'elle soit une P... au théâtre, la poussant à jouer en Français. La carrière de Delon prend des allures de météores, entraînant un temps Romy dans son sillage, notamment dans le grand classique
Plein Soleil de René Clément. Mais leurs parcours respectifs les éloignent l'un de l'autre, Romy signe un contrat de sept films avec un studio Hollywoodien, Delon est entraîné ailleurs (en Sicile notamment pour
le Guépard). Le couple n'y résistera pas. Il est pourtant resté comme une incarnation glamour et légendaire, dont Delon porte encore la mémoire (comme on a pu le constater lors de la dernière cérémonie des césars où il rendait un hommage émouvant à la comédienne).