
INTERVIEW : JAN KOUNEN (99 FRANCS)
Tout sur 99 FRANCS - La Critique - Photos - Le 2008-03-21 09:08:11
Dans quelle mesure êtes-vous intervenu dans l'élaboration du DVD?
Dans une mesure importante. Dans le choix du contenu, les visuels. C'est ce que je fais toujours sur mes DVDs. Jusqu'à présent, j'ai eu de la chance. Je n'ai travaillé qu'avec des éditeurs sérieux. Dans toutes les circonstances, je cherche à me mettre au diapason du film. Pour Darshan, je trouvais intéressant de montrer les mêmes lieux et les mêmes séquences filmés par une autre personne. Cela permettait d'avoir un point de vue différent. Pour D'autres mondes, j'ai compilé toutes les interviews que je n'avais pas pu mettre. Pour 99F, je pensais essentiel de garder toutes les scènes coupées. J'ai même mis celles qui n'étaient pas réussies. En les voyant, on peut réfléchir sur la nature du film. Si elles faisaient partie du montage final, elles auraient certainement fait basculer le film dans un style franco-français un peu cheap. A l'inverse, il y en a certaines que je trouve très réussies et qui, à mon regret, ne figurent pas dans le montage final. 99F est un film très dense qui fréquente différents styles. Le premier montage semblait calibré pour Beaubourg. Parce que l'utilisation des «je, tu, il» pouvaient créer une distance. Cela donnait la possibilité d'être kaléidoscopique mais toute la complexité consistait à avancer et à ne pas saturer. C'est pour cette raison qu'il y a beaucoup de scènes coupées dans 99F. A partir du moment où on explique pourquoi on les coupe, je trouve la démarche intéressante. Si j'étais dans une école de cinéma, je serais content de voir une scène coupée très réussie. Cela pousserait à me demander pourquoi elle a été coupée. Je pense que, et c'est valable pour tous mes films, le plus beau plan se trouve toujours à la corbeille. Dans Dobermann, c'est un plan-séquence très compliqué à la grue. C'est devenu un montage en quatre petits plans. Dans Blueberry, c'est un travelling compensé et il ne figure même pas dans les scènes coupées. Puisque sur le DVD, je n'avais pas inclus les scènes coupées, j'en avais trop. Dans 99F, je ne m'en souviens plus mais je me rappelle juste que mon plan préféré ne figure pas dans le film. Ce genre de détail est important parce qu'au cinéma, on oublie qu'il faut simplement s'occuper du film.
Comment est venue l'idée du making-of parodique?
L'idée est née durant le tournage. Il fallait trouver un axe et ne pas sortir du sujet. Le cinéma est un art qui a besoin de publicité, un produit culturel. A un moment donné, il faut regarder les choses en face. Il fallait trouver une façon originale de taper sur le cinéma et de démonter sa mécanique. D'ailleurs, toute la promotion du film ressemblait au gag de l'arroseur arrosé. On se retrouve soi-même dans le système que l'on souhaite dénoncer. C'est un jeu et tout dépend comment on se situe par rapport à ça. En naviguant ainsi, on comprend mieux les intentions de chacun.

Est-ce qu'il y avait de la sincérité dans ces éloges cire-pompes?
Personnellement, j'étais sincère. Une fois. Quand je parle de Vahina Giocante. Je ne comprends pas pourquoi les autres metteurs en scène ne vont pas plus vers elle. Pour le reste, on était dans une perspective too much. Les autres participants aussi. On ne peut pas dire qu'il y ait eu de la sincérité même si je pense que tout le monde s'est apprécié. On voit qu'il y a eu des problèmes pendant le tournage, on ne les cache pas sur le DVD. On a eu deux trois engueulades mais c'est dérisoire par rapport au résultat d'ensemble. J'ai eu quelques petits problèmes sur la promotion. Je les avais vu venir. C'est d'ailleurs pour cette raison que la seconde fin existe dans 99 Francs. C'est une manière d'apporter mon point de vue à l'intérieur du film.
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