
OPERA JAWA
Un film de Garin Nugroho
Avec Martinus Miroto, Artika Sari Devi, Eko Supriyanto
Durée : 2h
Date de sortie : 26 mars 2008

Singulier et ambitieux, Opéra jawa est un film marginal d'une très grande beauté. Mélangeant traditions théâtrales, chants, rites, danses, sculpture, installation et marionnettes, tous les artifices des arts du spectacle trouvent ici matière à s'exprimer. Chacun d'entre eux entre en résonance avec le reste pour former un univers cohérent malgré la diversité de leurs matières. Car Opéra jawa est avant tout un film de texture ; tissu, paille, bois, eau, feu, terre, les images du film offrent une véritable sensation des matières.
Selon les propres mots du réalisateur Garin Nugroho, Opéra jawa est "un requiem pour une culture qui va mourir". Reprenant à son compte une légende indonésienne, le Râmâyana, Garin Nugroho transpose chaque élément de celle-ci dans une histoire contemporaine, naturaliste. Le Râmâyana, texte fondamental de l'hindouisme, est un poème épique composé entre le IIIème siècle avant JC et le IIIème siècle après JC. Cette légende raconte l'histoire de Râma, fils de Dasaratha, roi d'Ayodhya. Il est la septième réincarnation de Vishnu et est envoyé sur Terre pour contrer les machinations du roi des démons Râvana. Râma rencontre Sità et conquiert son coeur en réussissant à bander l'arc de Shiva. Le couple vit dans le bonheur et l'amour conjugal jusqu'au jour où Râvana ravit l'épouse à son mari.

La beauté à la fois plastique et sonore du film enchante les sens même si l'approche inhabituelle de l'histoire peut déconcerter. L'excellence des comédiens/ chanteurs/ danseurs est surprenante et même si quelques subtilités de la narration échappent aux profanes de la culture javanaise, on se laisse prendre par ce récit d'un autre temps et d'un autre lieu. Si la source épique du poème imprègne chaque plan du film, le réalisateur n'a pas hésité à apporter une dimension nouvelle à l'histoire du couple en intégrant des éléments sociaux à l'intrigue. En effet Râma/ Setio n'est plus ici fils de roi mais artisan et Râvana/ Ludiro incarne la bourgeoisie capitaliste. Au coeur du film le conflit des classes éclate en parallèle du conflit amoureux. Ludiro, non plus démon mystique mais persécuteur et exploiteur reste la figure néfaste quand Râma/ Setio symbolise la bonté, l'ardeur au travail et la fidélité. Sità/ Siti est la principale victime de ces enjeux amoureux et sociaux, sa beauté déchaîne les passions et déséquilibre l'ordre de la société. La cruauté du geste final n'en paraît que plus éclatante.
David A.
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